samedi 26 novembre 2016

ET VLAN SUR LE GLAND! ou QUAND UN LAÏC AVERTI EN VAUT DEUX!


Vous connaissez l’adage. «Si c’est écrit dans La Presse, ça doit être vrai!» Après Lysiane Gagnon, c’est au tour de Michèle Ouimet de s'improviser juge et partie dans l’affaire des lieux de culte sur le tronçon commercial de l’avenue Bernard. Et deux fois plutôt qu'une. Elle peut bien traiter les élues d’Outremont de tatillonnes et bêtes en raison du règlement qui vient d’être adopté. Elle raisonne elle-même en petite fonctionnaire pinailleuse.

Si Outremont s’est fusionnée à la grande ville et qu’elle fait partie intégrante de la métropole, pourquoi la chroniqueuse se borne-t-elle à tenir une comptabilité de gratte-papier? Voue-t-elle un culte au cadastre de lotissement comme ces bons colons qui recevaient le Mérite du défricheur des mains de Duplessis?

Apprenons à Mme Ouimet que ce n’est pas un, mais bien trois endroits qui servent déjà de lieux de prières sur Bernard. Et c'est sans parler du quatrième qui s’en vient au coin de Bernard et Champagneur.



À gauche, avec ses vitrines solidement briquetées, la façade de la synagogue du 1075 Bernard ressemble à un bunker de motards. À droite, au sous-sol de l'édifice Remax du 1290 Bernard, se terre un autre centre religieux ultraorthodoxe.La carte des erouvs d'Outremont est fixée au mur

Comme Marie Cinq-Mars, Michèle Ouimet ne semble pas pouvoir regarder plus loin que son nez. Elle se refuse à prendre en compte la synagogue qui loge au coin de Bernard et Hutchison.

Désolé! Sorry! Cette synagogue en chantier depuis neuf ans au coin de Bernard et Hutchison ne peut pas être prise en compte? C'est vrai qu'elle dépasse de deux enjambées la frontière d'Outremont.

Imaginez! Cet immeuble, d’abord occupé illégalement dès 2007, puis délabré pendant sept ans et encore «à moitié construit depuis deux ans» (dixit Ferrandez) se trouve à quelques mètres de la frontière d’Outremont. Mais… Tut! Tut! Tut! Foi d’arpenteur, ça ne compte pas!

La journaliste se dit renversée du fait qu'une administration municipale puisse faire un règlement alors qu'il y a si peu de synagogues. C'est quoi son problème?
 


Même s’il n’y avait eu aucune synagogue et aucun autre lieu de culte sur Bernard, ça change quoi à la légitimité de réglementer le zonage? Y a-t-il un quota minimum prévu dans la Loi sur les cités et villes avant que les élus puissent procéder? Pour réglementer les bars de danseuses ou les débits de boisson, faudrait-il aussi attendre qu’il y en ait 10 ou 15 avant qu’un changement au zonage puisse se justifier? Dans tous les autres arrondissements où les élus ont choisi de restreindre le nombre de lieux de culte sur leurs rues commerciales, a-t-on crié au scandale? A-t-on vilipendé les conseils d’arrondissements pour crime de lèse-évangélisme. Quelqu’un s’est-il fait traiter d’antiraëliens, d'antihaïtiens?


Où Ouimet est-elle allée pêcher l’argument farfelu et démagogique voulant qu’on attribue à une synagogue les malheurs de l’avenue Bernard? N’importe quoi!

Elle ne se gêne pas non plus pour répéter les faussetés que sa collègue Lysiane Gagnon avait elle-même publiée le 4 octobre dernier. 

Comme la grenouille qui voulait en imposer au bœuf, cela fait au moins 11 ans que les hassidim racontent constituer 25% de la population d'Outremont et connaître une croissance de 5% par année. Pourtant, les dernières statistiques municipales (2011) chiffrent à 19% le pourcentage de citoyens juifs (qu'ils soient ultrareligieux, moyennement pratiquants ou laïcs).

Ouimet et Gagnon jouent aussi au téléphone arabe avec cette rumeur voulant que c’est après que Michael Rosenberg eut déposé une demande de permis pour une nouvelle synagogue en mai 2015 que les élues d’Outremont ont déballé leur règlement en vitesse. Hélas! Une contre-vérité répétée 1 000 fois ne devient pas une vérité.

Pour avoir l’heure juste sur la question, consultez ma chronique Le Godly Square Mile. Si La Presse avait accepté de publier le correctif que j’avais adressé à Lysiane Gagnon, peut-être que Ouimet n’aurait pas fait rebelote avec ces cancans boiteux, quoi que… rien n’est moins sûr. La Presse a préféré publier hier une lettre de deux hommes du monde en proie à une attaque de panique aiguë. Ils vont jusqu’à invoquer «un recul alarmant de la liberté religieuse». Pour un lieu de culte, comme dirait Ouimet? Avant d’ameuter Ban Ki-moon, je leur suggérerais de respirer par le nez.

Quant à ce bon vieux Julius Grey qui flaire le pactole et tente de ferrer le gros poisson avec ses énoncés génériques à l’emporte-pièce, il peut bien répéter tant qu’il voudra «[qu’] on ne peut pas utiliser le zonage pour empêcher l’établissement de lieux de culte». Il n’est quand même pas pour dire à Michèle Ouimet qu’il pense que sa cause est bancale. Et encore moins à Michael Rosenberg qui lui rapportera (encore!) plein de bacon.



Ce n'est pas parce que Julius Grey le dit que c'est vrai. J'en suis la preuve vivante. Il est ici en conciliabule avec Alex Werzberger, Martin et Michael Rosenberg, lors de mon 2e procès... qu'ils ont tous les quatre perdu!

À la question «Est-ce que le règlement rend plus difficile ou presque impossible la pratique de cette forme de judaïsme? », Grey patine : «Si la réponse est oui, il y a apparence d’inconstitutionnalité.» On ne voudrait pas faire de peine à quelqu’un, mais si la réponse était non, comme nous le croyons fermement? On ne sauverait pas seulement les apparences, mais la constitutionnalité tout entière. Et vlan sur le gland!

N’en déplaise à Julius, le cas qui nous occupe est tout autre que ce qu’il vient d’énoncer à la journaliste. Bien sûr, si l’arrondissement avait décrété un bannissement total sur tout son territoire, il se ferait rabattre le caquet par les tribunaux en deux temps, trois mouvements. Mais voilà. Le règlement de zonage n’interdit pas l’ouverture de nouveaux lieux de culte à Outremont. Le règlement… RÉGLEMENTE! Oui, ça peut se faire sur le territoire, mais pas n’importe où et de n’importe quelle façon. C'est triste à dire, mais en attendant que la loi de
Yahvé fasse foi de tout, l’arrondissement a encore voix au chapitre.

On est à des années-lumière d’une interdiction de pratiquer leur religion comme le prétendent les Feig, Werzberger, Rosenberg et cie. D’ailleurs, quand on a eu à se frotter à cette trinité sectaire, maniganceuse, arrogante, délinquante et bully (consultez le lourd dossier des Rosenberg), c’est toujours émouvant d’entendre le premier dire qu’ils ont de la grosse pé-peine de se sentir rejetés,le deuxième, faire l’éloge de la compréhension universelle et le troisième, avoir le culot de prononcer le mot «bonne foi».

Au cours des deux procès que les Werzberger et Rosenberg père et fils m’ont collés aux fesses à la Cour du Québec et en Cour supérieure, les juges ont pu apprécier l’hypocrisie, la fourberie et leurs ribambelles de mensonges avant de me blanchir sur toute la ligne.

Michèle Ouimet termine sa chronique avec l’argument réchauffé que nous ont toujours servi les dirigeants hassidiques. «Watch out, les boys! Si vous ne vous pliez pas à nos demandes, ça risque de vous coûter cher.» Pour une histoire d’érouv qui a viré en eau de boudin, combien de démêlés judiciaires, combien de centaines de milliers de dollars, Outremont, les autorités gouvernementales et policières et des résidents ont-ils été obligés d’engloutir pour forcer les gourous hassidiques et leur suite à se conformer aux lois et règlements qui nous régissent tous autant que nous sommes?

 
Werzberger et Ekstein peuvent bien raconter devant les caméras
«[qu’] il n'y a rien de pire que de se retrouver en cour, même si on gagne», n’empêche que les grosses légumes de la secte ont toujours privilégié le recours à la manière forte et aux menaces de poursuites pour intimider, tenir tête ou en imposer aux autorités et à ceux et celles qu'ils considèrent des trouble-fête.

Y a-t-il une synagogue qui n’ait donné lieu à une partie de bras de fer entre les dirigeants hassidiques et les administrations locales au cours des 30 dernières années?

Souvenez-vous de la synagogue illégale
au coin de Lajoie et Durocher. Le dossier a traîné 22 ans et en dépit des jugements, les administrateurs de ce lieu de culte clandestin ont fait les têtes de lard pendant dix ans avant de déplacer leurs pénates au coin de Durocher et Van Horne où, pendant sept autres années, ils en ont à nouveau fait voir de toutes les couleurs à l’administration municipale. Entre les interruptions prolongées du chantier, la révocation de permis pour non-respect des normes de construction et le bras de fer juridique, cela a tout de même coûté 100 000$ aux citoyens d'Outremont. Uniquement pour ce dossier! Ça ressemble étrangement à ce que vit Ferrandez avec la synagogue au coin de Bernard et Hutchison, pour ne nommer que celle-là.



Voilà ce que l'on retrouvait avant-hier sur la page Facebook de Luc Ferrandez. Je rappellerai au maire du Plateau que cela fait neuf ans qu'elle est en chantier et qu'elle ne respecte ni les normes, ni les commerces voisins, ni les résidents du quartier. Une honte!

Comment la chroniqueuse qui habite le Mile End peut-elle soutenir que le Plateau Mont-Royal n'a pas de problèmes avec les lieux de culte hassidiques? Est-elle de mauvaise foi ou ignorante de la réalité?

Le 5 août 2010, j'avais justement guidé Richard Bergeron et les conseillers élus de Projet Montréal pour une petite visite des synagogues du Mile End. Ils avaient été impressionnés par les allures de taudis infects, les vitrines brisées ou tapissées de papier Kraft et d'autres matériaux de fortune de plusieurs de ces lieux de culte dont certaines, en plus de défigurer le paysage, opéraient sans même détenir de certificats d'occupation. Aujourd'hui, plus de six ans plus tard, plusieurs de ces lieux lugubres sont encore et toujours des pustules inadmissibles dans le décor.



À gauche, la synagogue du 5843 Hutchison (à quelques maison au nord de Bernard) en 2010, au moment ou l'équipe Projet Montréal l'a visitée en ma compagnie. À droite, le même taudis il y a deux mois. Pas de problèmes, vous dites?


À gauche, la synagogue du 6082 avenue du Parc (coin Van Horne) en 2008. À droite, la même insulte en 2016. Alex Norris, le conseiller de Projet Montréal, a toujours prétendu ne pouvoir rien faire! Il ne voulait surtout pas se les mettre à dos!

Opportuniste à souhait, Luc Ferrandez saute sur l’occasion que lui donne la chroniqueuse pour faire du Outremont bashing. À moins d’un an des élections municipales où il espère que sa conseillère hassidique Mindy Pollak ne sera pas la seule élue de Projet Montréal dans Outremont, il sait flatter les leaders ultraorthodoxes dans le sens du schtreimel! J'ai bien hâte de voir si les méchants électeurs du camp du OUI lui présenteront l'autre joue!

Le maire du Plateau peut bien dire aujourd'hui que nos règlements sont trop rigides. C'est pourtant lui qui, le 4 juin 2013, clamait sur sa page Facebook qu'il fallait «Plus exiger [de la communauté hassidique] pour mieux accueillir». Quant à son commentaire voulant «[qu’]il faut vraiment être gonflé pour dire non» à une communauté qui «a le droit d’obtenir un lieu de culte», Ferrandez est dans le champ puisqu'avec son règlement amendé, Outremont n'interdit absolument pas les lieux de culte. Il souhaite simplement «préserver les artères qui irriguent le quartier», comme le dit si joliment François Cardinal dans son éditorial d'aujourd'hui.

Je n'avais pas eu vent que Projet Montréal proposait «une voie du compromis» où l'interdiction des lieux de culte ne concernerait que les rez-de-chaussée. Si c'est le cas, pourquoi Projet Montréal a-t-il permis l'établissement d'une nouvelle synagogue sur deux étages au 5446-5448 avenue du Parc?


Le 5446-5448 avenue du Parc: Un autre joyau inachevé depuis 2015 dans le fief de Luc Ferrandez

Non seulement cette synagogue (comme d'autres!) est demeurée inachevée depuis 2015, mais en plus, selon l'article 39 du règlement 11-018, son permis de transformation est caduc et nul depuis le 25 août 2016! (voir ci-bas). Comme on dit dans la langue de Shakespeare, c'est du «déjà vu!».



Un autre permis non respecté... pour faire changement!

En défiant et méprisant les communautés qui les entourent, en criant Au meurtre! pour tout et pour rien, en contestant chaque petit point qui ne répond pas à 100% à leurs exigences extraordinaires, en s'entêtant à laisser leurs lieux de culte ressembler à des soues à cochon, les rabbins pensent-ils que cela prédispose les élus et les citoyens à les accommoder avec magnanimité?

Ce qui m'amène à me poser une autre question à la suite de l'article de la chroniqueuse de La Presse. Les autorités outremontaises ont-elles vraiment le monopole du «colletaillage» avec les ultraorthodoxes?

Passons sur les épiques échauffourées judiciaires qui ont hanté et saigné les coffres des municipalités de Boisbriand, de Sainte-Agathe, Saint-Adolph d'Howard, Val Morin, Saint-Eustache. D’aucuns diront que les Québécois sont reconnus pour leur indécrottable intolérance et leur esprit de clocher. Alors, allons donc voir au-delà de nos frontières de culs terreux.

Aux États-Unis, et particulièrement au New Jersey et dans l’état de New York, le climat est orageux partout où les sectes hassidiques sont florissantes.

Allez faire un tour à Brooklyn, la grande ville policée, pour le fun. Vous verrez que Williamsbourg, Crown Heights, Boro Park n’y échappent pas. Sortez à Bloomingburg (voir la vidéo), Chester, East Ramapo, Lakewood, New Square, etc. Arrêtez à Kiryas Joel et Monroe, deux villages du New Jersey où s'affrontent solidement hassidim et non hassidim dans un référendum à propos d'une question de territoire (cliquer ici pour visionner l'extrait du documentaire Love Thy Neighbour). Vous verrez qu'à côté de ça, les Outremontais sont doux comme du sucre d'orge.



Love Thy Neighbour (cliquer ici pour le documentaire complet)

Évidemment, on ne parlera pas de la guerre rangée qui sévit entre les ultraorthodoxes d’Israël et les juifs laïcs. Ça pète au quotidien, mais là-bas, personne n’aurait l’idée de qualifier de racistes ou de xénophobes ceux qui s'accommodent mal du diktat des fondamentalistes.

Pour finir, j'aimerais éclaircir un point avec Abraham Ekstein, ce nouveau porte-parole hassidique que semble avoir tant apprécié la chroniqueuse.


Abraham, vous qui vous disiez si préoccupé par l’argent du contribuable, pourquoi avez-vous demandé la tenue d'un référendum à 65 000$ si vous aviez déjà annoncé votre intention de contester le règlement devant les tribunaux? Vous espériez le gagner? Ah bon! Je comprends mieux, maintenant. Vous êtes comme Trump: «I'll accept the election results — 'if I win'»!

C'est ce même homme qui soutient que la démocratie ne consiste pas à écouter une majorité pour imposer sa loi aux minorités. Attendez le jour où ils seront vraiment majoritaires dans Outremont. On verra s'il tiendra le même discours.

Rappelez-vous de la prémonition que nous avait faite Steven Lapidus, un spécialiste du fait hassidique en Amérique du Nord dans le magazine Senior Times:



 «If [Hasidim] are not going to move, 
they are going to dominate. …
 If you want to come to a peaceful resolution
to the problems in Outremont,
 don’t wait until Hasidim are the majority.»

Un laïc averti en vaut deux, n'est-ce pas?


Caricature de Chapleau dans La Presse de ce matin

mercredi 2 novembre 2016

LA ROUTE DU GOLGOTHA



Je ne vous l’avais pas dit? À la suite de la parution de la chronique bâclée de Lysiane Gagnon, le 4 octobre dernier, j’ai déposé une plainte auprès du Conseil de presse du Québec. J’estime que son papier qui traitait, entre autres, du référendum sur l’interdiction de nouveaux lieux de culte sur l’avenue Bernard était truffé d'inexactitudes, de faits erronés, d'allégations infondées et de faussetés qui sont de nature à désinformer le public et à tromper les électeurs à quelques semaines à peine du vote référendaire (cliquer ICI pour plus d'information sur le référendum). 

Puisque le vote se tiendra le 13 novembre 2016 (par anticipation) et le 20 novembre 2016 (jour du scrutin), il est peu probable que le Conseil de presse rende sa décision avant la tenue du vote. Qu'importe. Je ne pouvais pas laisser passer cette grossière négligence journalistique sans réagir. D’ailleurs, à la suite de ma plainte, j’ai expédié à La Presse un texte pour répliquer à la chroniqueuse. Serez-vous surpris d’apprendre que le quotidien n’a pas cru bon de le publier? 

Ça ne nous empêchera certainement pas, aujourd’hui, de battre en brèche une autre idée reçue que la journaliste colporte comme une vulgaire courroie de transmission, sans même prendre la peine de se poser les questions les plus élémentaires.

Chaque fois que les leaders hassidiques décident d’implanter un nouveau lieu de culte, ils invoquent les incroyables contraintes religieuses auxquelles leurs fidèles sont soumis.

Combien de fois nous ont-ils seriné que le dieu d’Abraham ne peut pas blairer les fourgonnettes durant les jours sacrés? Qu’ils n’ont d’autre choix que d’établir leurs lieux de culte à distance de marche de leur domicile? Si j’étais à leur place, je m’estimerais chanceux que la Torah n’exige pas qu’ils s’y rendent à genoux comme les disciples du Frère André qui fréquentaient l’Oratoire Saint-Joseph! 

En fait, la seule raison pour laquelle les bonzes ultraorthodoxes ressassent ce faux argument de la proximité, c’est qu’ils voudraient pouvoir bivouaquer où bon leur semble, comme dans le bon vieux temps.

Si nous déroulions une carte de Montréal, même Lysiane Gagnon pourrait comprendre que le prétexte de la distance de marche est tout à fait spécieux et abusif.

Facile à prouver. Avec ses 3,84 km2, Outremont constitue le plus petit des 19 arrondissements de la métropole. Il est deux fois moins grand que Le Plateau et près de six fois moins étendu que Rosemont.


Et ce n’est pas tout. La très grande majorité des familles hassidiques d'Outremont se trouve regroupée sur une bande de 500 m de large (entre les rues Hutchison et Outremont) par 1,3 km de long (entre Laurier et Van Horne). Calculez cela comme vous voulez, ça donne à peine 0,65 km2. Aussi bien dire un mouchoir de poche!

Et on veut nous faire croire que le règlement de zonage qui souhaite interdire les nouveaux lieux de culte sur l’avenue Bernard rendra physiquement impossible aux hassidim, aux témoins de Jéhovah, aux adventistes du septième jour, aux évangélistes, aux mormons, aux catholiques et aux raëliens de ce petit monde de pratiquer leur foi!

Je ne sais pas pour vous, mais quand j’étais au primaire, j'allais à l’école à pied. Vous me direz que ce n’est pas la mort d’un enfant de dix ans de se taper 1,8 km (1,1 mille, à l'époque) pour aller en classe. Non seulement je vous le concède, mais j’ajouterais que c’était un pet! À tel point, d'ailleurs, que je retournais manger à la maison tous les midis. J’avalais 7,8 km de trottoir par jour, cinq jours par semaine, 44 semaines par an. En tout, 1716 km, aussi bien en janvier qu’en juin. C’était plus que trois fois Montréal-Québec, aller-retour!

Je voudrais bien connaître ce qu’ils considèrent être une distance de marche raisonnable. Est-ce 500 m? 600 m? 700 m? 1000 m? 2000 m?

Cliquer sur la carte ci-contre pour l'agrandir

Faut-il qu’un poupon soit en mesure de s’y rendre à quatre pattes? Qu’un patriarche chevrotant y arrive sans avoir l’impression d’avoir escaladé le Golgotha? Saint mont du Calvaire! À ce compte-là, un grabataire pourra exiger d’avoir sa synagogue dans sa chambre!

Lorsque le conseil d’arrondissement avait proposé d’ouvrir une nouvelle zone (appelée C-6) pour permettre l’implantation de lieux de culte sur l’avenue Durocher, juste au nord de Van Horne, Mindy Pollak, la conseillère de Projet Montréal, et les ténors hassidiques ont refusé net.


Pensez donc! C’était bien trop loin! C’est ce qu’ils ont répété à Lysiane Gagnon qui nous l’a refilé comme parole d’évangile.

Mais est-ce vraiment le cas? Calcul fait, à peine 790 m séparent la future synagogue de la rue Bernard de cette zone C-6 sur laquelle les ultraorthodoxes ont relevé le nez (voir la carte ci-contre).

Est-ce raisonnable de demander à des gens de marcher 790 m pour sauver leurs âmes? La meilleure façon de le savoir serait de se fixer un barème à partir d'un cas réel. Ça tombe bien, car j'ai le gars qu'il faut. Mon bon ami Michael Rosenberg est l'étalon de mesure par excellence pour faire ce test d'endurance. 

Voyez donc. Chaque jour de sabbat, chaque jour de fête, le plus important mécène de la communauté hassidique montréalaise quitte son domicile de la rue Outremont pour se rendre jusqu’à sa synagogue du 5363 Hutchison.

Depuis des lustres, Michael se farcit pas moins de 915 m à pied (voir l'illustration ci-contre) pour aller faire ses ablutions à la synagogue Belz fondée par son paternel. Encore aujourd’hui, à 62 ans, ce bon Québécois né le jour de la Saint-Jean Baptiste se tape allègrement le trajet aller-retour (1,8 km) sans se plaindre de devoir laisser sa grosse berline dans le driveway. C’est quatre fois moins que ce que je devais faire quotidiennement pour aller à l’école. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, même son père David, le fondateur du Groupe Rosdev, usait ses semelles pour aller s'y recueillir.


Beau temps, mauvais temps, rien n'arrêtait Michael Rosenberg  et le patriarche David de se rendre à pied à la synagogue du 5253 Hutchison que Mindy Pollak et Projet Montréal se gardent bien d'inclure dans la banque des lieux de culte hassidiques d'Outremont. Père comme fils habitent pourtant l'arrondissement de Marie Cinq-Mars.

Que diable faudra-t-il de plus pour que les Lysiane Gagnon de ce monde arrêtent de nous casser les pieds avec ces histoires de podomètres divins qui ne tiennent pas la route?
 

dimanche 16 octobre 2016

Le GODLY SQUARE MILE


Je ne sais pas ce que vous avez pensé de la chronique de Lysiane Gagnon Et si c’était le jour de Noël? publiée dans La Presse du 4 octobre? Je ne parle même pas du jugement de valeur qu’elle porte sur l’à-propos de tenir une séance du conseil un jour de fête religieuse ou sur le bien-fondé du règlement de zonage qu’elle remet en question. Limitons-nous aux prémisses sur lesquelles elle s’appuie pour échafauder son raisonnement. 

Cela saute aux yeux qu’elle s’est fiée aveuglément aux communiqués de presse de Projet Montréal qui, lui-même s’en remet aux arguments et aux chiffres que finassent les leaders des sectes hassidiques pour perpétuer leur rôle d’éternelles victimes auprès du public et tenter de jeter l’opprobre sur les élues d’Outremont qu’ils accusent d’avoir utilisé un pouvoir réglementaire qui leur est légitimement conféré.

La chroniqueuse affirme que «c’est après qu’un permis eut été accordé pour la construction d’une synagogue dans la rue Bernard que le conseil a décidé de changer le règlement de zonage.» Un instant! 

Si un permis pour la construction d’un bain rituel a effectivement été accordé le 26 mai 2015, elle omet de dire que le conseil d’Outremont a annoncé dès janvier 2015 la mise sur pied d’un processus de révision de son règlement encadrant les activités religieuses sur deux artères commerciales. Pour son information, la demande de permis des religieux n’a été déposée au service de l’aménagement urbain que le 17 mars 2015. Si le souci d’exactitude journalistique l’anime encore un tout petit peu, il aurait été bien qu’elle ne néglige pas de faire un minimum de recherche avant de publier des énormités.

Le document indiquant la date de demande du permis
Lysiane Gagnon soutient également que la communauté hassidique, forte d’une population de 25 000 fidèles, constitue 25 % des électeurs et que mathématiquement, ce statut de minoritaire leur enlève toute chance de gagner un référendum.

Pour la ramener sur terre, renvoyons la journaliste à l’article que vient de publier l’éditeur du Journal d'Outremont.

René Soudre qui, lui, a fait ses devoirs, soumet à Mme Gagnon que dans toute sa grande diversité, la population totale d’Outremont n’est que de 24 000 habitants (23 566, selon les données de la Ville), que les communautés juives de l’arrondissement ne constituent pas 25 %, mais bien plutôt 19 % de la population outremontaise. J’ajouterais que ces quelque 4 500 résidents de confession ou de culture juive ne peuvent tous être assimilés à la frange ultraorthodoxe.

On s’étonne encore d’un tel cafouillage de la part d’une chroniqueuse qui s’est pourtant déjà demandé «Comment peut-on, dans une société instruite et développée, confondre les Juifs en général avec les hassidim, cette communauté ultra-orthodoxe et marginale qui a autant de points communs avec les juifs que la secte des Apôtres de l’Amour infini en a avec les catholiques?»

Finalement, l’éditeur du Journal d'Outremont réfute la conclusion de Mme Gagnon voulant que les hassidim sont prédestinés à perdre ce référendum. M. Soudre lui rappelle que ce ne sont pas tous les résidents de l’arrondissement qui pourront se prononcer sur cet enjeu, mais bien «seulement les personnes habilitées à voter dans la zone visée et les zones contiguës à l’avenue Bernard, à forte densité hassidique».

Il y a encore pire que la négligence et l’incurie d’une journaliste. Quand Lysiane Gagnon répète bêtement qu’il n’y a que quatre synagogues à Outremont et que cela ne suffit plus aux besoins de cette communauté, elle s’accommode de l’approche grossièrement démagogique qu’utilisent Projet Montréal et son bloc électoral hassidique.


Dans leur calcul, l’un et l’autre omettent même de comptabiliser l’ancienne rôtisserie La Fusée qui est en train d’être transformée en bain rituel avec, en prime, toutes sortes d’activités religieuses à côté du Théâtre Outremont. Pas un traître mot non plus à propos du centre religieux ultraorthodoxe qui, depuis 1999, se trouve au sous-sol de l’édifice Remax, à l’angle des avenues Bernard et Outremont. 


À gauche: l'emplacement du futur bain rituel et centre hassidique qui remplacera l'ancienne rotisserie du 1260 Bernard (photo du bas). À droite: l'immeuble Remax (à quelques enjambées de l'ancienne rotisserie - voir flèches) et son centre religieux du 1290 Bernard (photo du bas).

Ce n’est pas tout. Pour trafiquer les chiffres et tenter d’influencer et d’attendrir l’opinion publique en leur faveur, les leaders hassidiques et Projet Montréal se servent sans vergogne de la «frontière» qui sépare le Plateau et Outremont au beau milieu de la rue Hutchison.

En excluant volontairement de leur comptabilité les sanctuaires de la rue Hutchison qui appartient aux deux arrondissements, Projet Montréal et sa conseillère Mindy Pollak tentent de soustraire de leur inventaire pas moins de cinq synagogues (lire ma chronique Checkpoint Mindy) qui totalisent à elles seules tout près de 4000 mètres carrés de locaux de prière (43 000 pieds carrés). Cela leur permet de surdramatiser la situation alors que moins de dix mètres séparent les deux côtés de la rue. 



C'est fou, n'est-ce pas, la pénurie de synagogues sur Hutchison et Durocher?

Si cette frontière était aussi hermétique que semble le présumer Projet Montréal, Mindy Pollak qui habite du côté Plateau de la rue Hutchison n’aurait jamais dû se faire élire à Outremont. Or, tous les jours, des hordes de fidèles traversent en tous sens cette limite territoriale virtuelle pour aller faire leurs ablutions (à pied!) d'un côté et de l’autre.

À 90 mètres à peine de la ligne de division des deux arrondissements (une distance qui peut même se faire à genoux!), l’avenue du Parc héberge six autres synagogues, entre Saint-Viateur et Van Horne. Bref, sur moins d’un kilomètre carré chevauchant Outremont et le Mile-End, pas moins de 19 lieux d’activités religieuses hassidiques ont été clairement identifiés. Et encore! Dans ce fameux Godly Square Mile, on ne compte même pas les lieux de prière toujours clandestins! 


Cliquer sur la carte pour l'agrandir



Alors que l’arrondissement offre aux hassidim d’ouvrir une nouvelle zone de culte en bordure du campus universitaire qui jaillira bientôt de terre, la conseillère Pollak délire publiquement en affirmant faussement qu’en raison de ce nouveau règlement qui s’appliquerait à la portion commerciale de l’avenue Bernard, «toute ouverture [de lieu de culte] est à présent interdite dans Outremont».

Cela ne semble pas troubler Lysiane Gagnon le moins du monde, pas plus, d’ailleurs, que cette autre déclaration aberrante et outrancière de Pollak voulant qu’Outremont est devenue la municipalité la plus restrictive du monde!


J’inviterais Lysiane Gagnon à prendre connaissance des arguments forts pertinents qu'a soulevés sur toute cette question notre célèbre metteur en scène et ancien directeur artistique du Théâtre du Nouveau Monde, Olivier Reichenbach.

Les 8 et 9 juin dernier, s’exprimant sur la page Friends of Hutchison Street fondée par Mindy Pollak, M. Reichenbach a solidement défendu le projet de règlement du conseil d’Outremont.



Mme Diane Shea, la résidente d'Outremont qui a déposé la pétition destinée à faire reculer les élues sur le nouveau règlement de zonage.

Réagissant à la pétition déposée deux jours plus tôt au conseil d’Outremont par Diane Shea, cette professeure d’histoire au Collège Dawson qui faisait pression pour que les élues abandonnent le projet de règlement, M. Reichenbach a été on ne peut plus clair.

«Il faudrait peut-être arrêter un jour de brandir les sacro-saints (sic) «atteinte à la liberté de religion» ou «atteinte aux libertés des minorités» pour un oui ou un non. Ça banalise lesdites libertés, et c'est comme crier au loup, un moment donné plus personne n'y prête attention.

«Je crois que l'arrondissement d'Outremont a parfaitement le droit, sinon le devoir, de décider des emplacements accordés aux lieux de culte, comme à toute installation destinée à recevoir du public, restaurant, salle de spectacle, commerce...»

Puis il s’est inscrit en faux contre l’argument des leaders hassidiques qui réclament que leurs lieux de culte soient construits à proximité des résidences des fidèles.

«Si vous habitez, disons la rue Hutchison, ou encore l'avenue Pratt, et que vous êtes un catholique pratiquant, quelle église allez-vous fréquenter? Allez-vous demander qu'on en construise une nouvelle près de chez vous parce que les églises existantes sont trop loin? Et allez-vous exiger qu'elle soit construite à l'emplacement de votre choix, sans droit de regard de la part de la municipalité et des citoyens? Le concept de zonage n'existe pas pour rien. Par exemple, je ne pense pas que vous pourriez ouvrir un supermarché ou un (sic) épicerie sur une rue considérée comme exclusivement résidentielle. Enfin, la rue Bernard et l'avenue Laurier sont déjà sursaturées pour ce qui est de la circulation et du stationnement.
»
 
Que rajouter à cela? Une chose, peut-être. Si jamais des journalistes, des politiciens ou des goujats sans scrupules s’aventuraient à qualifier M. Reichenbach de raciste, de xénophobe ou d’antisémite en raison de sa prise de position sur ce dossier, ça va mal aller. Il n'est pas le seul qui ne le prendrait pas.

dimanche 2 octobre 2016

LA FIN DU MONDE EST À 7 HEURES


«C'est la 3e fois
 en quelques mois
que l'arrondissement d'Outremont
tient des assemblées pendant une fête juive.
Ça commence à ressembler à de l'acharnement.
»

Sophie Thiébaut, Projet Montréal, 30 septembre 2016

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais plus ça va, plus on a l’impression que Mindy Pollak est un véritable «party animal»!

Depuis qu’elle a été élue dans le district Claude Ryan d’Outremont, Mindy rue dans les brancards et monte sur ses grands chevaux chaque fois qu’il est question de fêtes. Et ce n'est pas ça qui manque, croyez-moi! Lorsque ce n’est pas Pourim, c’est Chavuot, Souccot, Yom Kippur, Roch Hachana, Chabbat, Pessa'h… Alouette! 

Quand Richard Bergeron l’a débauchée de son salon d’esthétique pour qu’elle porte les couleurs de Projet Montréal, avait-il oublié de lui préciser qu’elle ne pourrait pas prendre congé durant les 150 jours de célébrations et de commémorations que compte le calendrier juif? Si c’est le cas, je comprends que la jeune fêtarde ultraorthodoxe ne soit pas de bonne humeur. Devoir «puncher» à l’Hôtel de Ville lors de Rosh Hodesh, par exemple, ce jour où les femmes sont censées être «exemptes du labeur», ça écœure sa fille.
 
 
Cette fois, Mindy est outrée que le conseil de l’arrondissement siège le 3 octobre, jour de l’anniversaire de la Création du monde (Rosh Hachana). Pour l’élue hassidique, c’est la preuve que tous ses adversaires politiques ne savent pas vivre… ensemble! Un peu plus et elle les accuserait de fomenter l’Apocalypse.

À en croire Sophie Thiébaut, sa collègue du Sud-Ouest, le fait que l’on pourrait parler du référendum de la rue Bernard, lundi soir à 7h, relèverait presque du blasphème. Que Mindy et Sophie se rassurent. Projet Montréal et le lobby hassidique ont leurs antennes perpétuelles déployées dans la salle du conseil d’arrondissement. Ils ne courent aucun risque de passer tout droit le jour du vote. D'ailleurs, le point 30.08 de l'ordre du jour de la soirée de lundi (ce soir!) donne déjà toute l'information.

L’administration propose le dimanche 13 novembre 2016 pour le vote par anticipation et le dimanche, 20 novembre 2016 pour le vote référendaire. Le texte proposé est le suivant: 

«Approuvez-vous le règlement AO-320-B qui a pour objet d’interdire l’usage “culte et religion” dans la zone C-2, qui comprend l’avenue Bernard ?».

Vous aurez droit de voter au référendum si vous habitez à l'intérieur des zones en gris foncé ou en gris pâle.

Si Mindy et Projet Montréal se scandalisent, c’est probablement qu’ils ont oublié que d’autres avant eux ont tenté de jouer la carte de l’indignation.


Rappelez-vous, en septembre 2012, la crise qu’avaient faite Marvin Rotrand, Michael Applebaum et Lionel Perez quand Anie Samson, la leader de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal, avait contesté que l’on ajourne les travaux pour permettre aux trois élus de confession juive de participer au Yom Kippur. Selon la représentante de Vision Montréal, cela n'avait pas de sens de pénaliser l’ensemble du conseil pour trois élus qui souhaitaient pratiquer leur foi. Elle avait même proposé aux trois fidèles qu’ils aillent célébrer le Jour du Grand Pardon sans être pénalisés financièrement malgré leur absence.

Atteint dans sa foi profonde, Marvin Rotrand avait alors soutenu que les administrations avaient toujours respecté les fêtes des principales religions représentées sur le territoire de Montréal.


Les principales religions? Wouppelai! Rotrand était en train de nous dire que le respect de la foi d’un groupe ne vaut que si sa croyance se trouve au top du hit-parade montréalais des cultes?

Si on suivait le raisonnement du conseiller de Snowdon, on ne suspendrait pas les travaux du conseil pour un élu municipal vietnamien qui souhaiterait aller célébrer la fête du Têt, la seule journée de l’année où l’esprit de ses ancêtres repasse sur terre? Encore du Deux poids, Dieu mesure!

À Montréal, selon Statistique Canada, la distribution des appartenances religieuses va comme suit : catholiques, 74,5 %;  protestants, 6,2 %;   musulmans, 3 %;  orthodoxes chrétiens, 2,8 %;  juifs, 2,6 %. Suivent les bouddhistes (1,1 %), les hindous (0,7 %) et les sikhs (0,2 %). Avec un «score» d’à peine 2,6 %, peut-on vraiment parler de religion principale pour nos amis Rotrand, Applebaum et Perez? Et à 1,1 %, s’agit-il d'un culte marginal?  En tout respect, il me semble que ce n’est pas le poids relatif des religions qui devrait être le barème pour déterminer de la tenue ou de la suspension des travaux du gouvernement municipal.

Julius Grey a déjà clairement contredit les prétentions de Mindy Pollak et de Projet Montréal.

De toute façon, que Mindy ne vienne pas nous seriner que c'est de l'antisémitisme, de la xénophobie ou du racisme.

Même Julius Grey, l’ami des intégristes de tout poil, a clairement affirmé (voir le reportage) qu'il était tout à fait en désaccord avec l’idée d’accorder des accommodements religieux collectifs aux Rotrand et Pollak de ce monde.

Pour lui, c'est très clair: «Les fêtes pour lesquelles on ferme [les bureaux], n'ont rien de religieux. Ce sont des fêtes de la société qui ont été déclarées journées fériées.» Tout au plus accepte-t-il qu'à titre individuel, des croyants puissent prendre quelques jours de congé durant l'année sans être pénalisés.

Si Mindy est outragée par les propos de Julius Grey, elle a toujours le loisir de lui retirer le mandat que les leaders sectaires souhaitent lui donner afin de contester le récent règlement qui interdit la création de nouveaux lieux de culte sur la portion commerciale de l'avenue Bernard. Elle ferait économiser beaucoup d'argent à ses coreligionnaires belliqueux.

vendredi 23 septembre 2016

LA MACHINE À CHLOROFORMER

























Dans le Livre de l'Exode qui annonce la rencontre entre un peuple élu et le dieu d’Israël, on trouve une disposition qui se lit comme suit :

«Pendant six années, tu ensemenceras la terre,
et tu en recueilleras le produit.
Mais la septième, tu lui donneras relâche
et tu la laisseras en repos.

C’est ce qu’on appelle la «shemitah» (שְׁמִטָּה, en hébreu). Il s’agit d’une sorte d’année sabbatique qui revient tous les sept ans.

À Outremont, on dirait bien que cette disposition est tombée en désuétude. Cela fait au moins 30 ans que les leaders hassidiques d’Outremont labourent sans discontinuer ce que ce bon Abraham Ekstein appelle sa «terre d’accueil». Il semble bien que ce ne sera pas en 2016 qu’ils prendront leur année de rémission et laisseront le terrain en jachère.

Le 8 septembre dernier, les dirigeants du lobby ultraorthodoxe ont mobilisé juste ce qu’il fallait de leurs ouailles pour pouvoir contester le récent amendement au règlement de zonage voté et adopté à la majorité du conseil d’arrondissement. Ils ne digèrent pas que les élues mettent un bémol sur l’implantation de nouveaux lieux de culte (toutes confessions confondues) sur le tronçon commercial de l’avenue Bernard. Ils refusent même de considérer les nouveaux emplacements que l’arrondissement leur propose en échange. Avec le résultat que d’ici la fin de l’année, les résidents qui vivent sur ou autour de ce bout de rue devront donc se prononcer par référendum sur le maintien ou le rejet de cette interdiction.

Mais n’allez surtout pas penser que les gardiens du temple ont l’intention d’attendre le résultat du référendum pour continuer d’imprimer leur empreinte dans la sphère publique.

Dans quelques semaines, pour commémorer le temps où les israélites vivaient dans des huttes pendant leur traversée du désert, les fêtes de Souccot battront leur plein. Bon nombre de fidèles érigeront alors leurs cabanes sur les balcons de leurs résidences, ce qui, en soi, n'est pas un problème.

Mais faut-il rappeler l’incroyable crise des cabanes qu’avait connue Outremont il y a deux ans?

À l’époque, Mindy Pollak, la conseillère hassidique de Projet Montréal, avait vigoureusement protesté contre le projet du conseil d’arrondissement qui souhaitait simplement fixer la date à partir de laquelle les ultraorthodoxes pouvaient ériger des cabanes temporaires. Sans ce petit amendement qui ne changeait même pas le nombre de jours (15) pendant lesquelles les souccot étaient permises, les inspecteurs s'avouaient incapables de faire respecter le règlement. Même la conseillère ultraorthodoxe l'avait admis. Qu’à cela ne tienne, elle avait catégoriquement refusé que l’on corrige l'anomalie.

Alors que le tumultueux processus de consultation publique avait été complété et que la majorité des conseillères s’apprêtaient à voter la modification au règlement, Pollak, apôtre autoproclamé du dialogue, de l’harmonie et du bien vivre ensemble, avait quasiment déchiré sa perruque sur la place publique. Tant et si bien que Marie Cinq-Mars s’était dégonflée et avait fait marche arrière. Les négligents pourront donc continuer de laisser traîner leurs restes de cabanes sur les façades de leurs résidences.

18 avril 2016: Sur Hutchison, la rue où habite la conseillère Mindy Pollak, un de ses voisins n'a pas trouvé le temps de ranger sa souccah de l'an dernier. Bof! Elle n'en sera que plus vite montée cette année! Les voisins? Que le diable les emporte!

Après avoir réussi à faire dérailler le projet de règlement sur les souccot, on aurait pu croire que Pollak et ses pieux dirigeants se seraient satisfaits du statu quo. Pensez donc! La machine promotionnelle ne s'arrête jamais.

Au cours des mois de juin et juillet dernier, dans le cadre du Marché des Possibles, un évènement organisé en collaboration avec l’Arrondissement du Plateau-Mont-Royal, la conseillère de Projet Montréal vendait pâtisseries et barbes à papa cachères… pour subventionner l’édification d’une souccah publique à Outremont! 

Le Souccathon de Mindy Pollak et de ses Friends of Hutchison Street, en juin et juillet 2016.

Avec sa souccah de démonstration, quel message Pollak veut-elle nous transmettre? Nous montrer que cette fête se célèbre dans l'allégresse familiale? Qu'elle est riche de symbolique? Qu'elle est magnifiquement décorée avec ses fruits, ses serpentins et ses beaux dessins d'enfants? Nous n'en doutons pas un seul instant, mais le point n'est pas là.

À gauche, la vision de la fête offerte aux goys. À droite, l'ambiance allégorique réservée aux Happy Few.
Nous aurons beau être au fait des réjouissances intérieures, vous et moi ne «jouirons» jamais que d'une vue tristounette sur des ossatures de plywood hyper moches souvent installées en façade. Alors que la fête dure neuf jours, plusieurs ultrareligieux laissent traîner leurs huttes de fortune pendant des semaines, voire des mois. 

Sans même parler de l'aspect sécuritaire de ces installations bancales, avons-nous une seule raison d'apprécier cette absence totale de considération pour le voisinage? Le comble, c'est que Pollak et le lobby qu'elle sert osent comparer cela à nos traditionnelles décorations de Noël qui, avouons-le, sont devenues bien plus culturelles que cultuelles. Au moins, les jeux de lumière qui ornent arbres et fenêtres ne sont pas réservés aux seuls résidents laïcs ou chrétiens. Ils égaient les nuits du solstice d'hiver de tous, sans distinction d'appartenance ou de croyances. 

En dépit de leur volonté manifeste de se maintenir en marge de la société environnante, malgré leurs violations répétées de différents règlements municipaux, leur acharnement à vouloir maintenir des synagogues et des écoles illégales, leur mépris à l’égard des plaintes formulées par ceux qui ne font pas partie de leurs sectes, les leaders ultrareligieux mènent des campagnes de relations publiques de plus en plus agressives.
 
Cet été, la machine à propagande hassidique a mis toute la gomme au Marché des Possibles. En haut: Cynthia Kelly, Mindy Pollak et le rabbin Yudi Winterfeld. En bas, à gauche, le rabbin jongleur Zvi Herscovitch, expulsé de Russie pour y avoir travaillé illégalement. À droite, Hersber Hirsch, ex-fraudeur déporté et condamné aux É.-U. au milieu des années 2000. Il est en compagnie du rabbin Gilbert Crémisi (à l'extrême droite sur la photo).













À grand renfort de rabbins jongleurs et autres, les intégristes ultraorthodoxes utilisent à fond de train la machine à chloroformer les goys.


Que ne ferait pas le rabbin Yudi Winterfeld pour réhabiliter l'image des souccot? Prétendre qu'il est passé au vert (et au français!) en tirant à vélo sa cabane de carton-pâte? Le codirecteur du mouvement loubavitch Chabad Mile End, immortalisé au coin des rues Bloomfield et Saint-Viateur.

Dans un effort concerté, ils font mine de se prêter au dialogue fraternel, à la bienveillance et à la compréhension mutuelle. Bien sûr qu’ils sont prêts à négocier avec les hors-caste, pourvu que cela se termine à l’avantage des dieux. Jamais ils n’ont accepté de mettre une goutte d’eau dans leur vin cacher. Comme l'exprimait l'impayable Alex Werzberger il y a quelques années: « Les empêchements légaux ou l'activisme soi-disant laïciste... ne représentent que des problèmes contingents à renverser ou à contourner. »

Avouez que pour l'Été des Indiens, ça serait chouette, une souccah comme celle-ci devant Les Enfants Terribles.

Et ça grignote! Un bout d’erouv supplémentaire ici, une annonce-surprise de souccah publique là, un nouveau bain rituel devant Les Enfants terribles et, une fois partis, pourquoi pas un concours de murales à la gloire de leur Dieu tout puissant? 

«Crois au D.eu* Éternel
Honore D.eu Éternel
Sauvegarde la vie humaine
Respecte les relations familiales
Respecte la propriété d'autrui
Respecte les créatures vivantes
Établis des cours de justice 
Qui concrétisent ces lois»

Les rabbins Winterfeld et Cremisi ne disent pas s'ils se sont inspirés du programme Muralité de l'arrondissement du Plateau pour nous offrir, sur l'avenue Bernard, une murale-manifeste commanditée par Yahvé et que l'on pourrait intituler Les Sept Commandements.

Depuis l'automne 2015, entre l'épicerie cachère de l'avenue du Parc et la yeshiva-dortoir-synagogue inachevée de l'ancien restaurant La Grand-Mère Poule, des artistes inspirés par la main de Dieu font grand étalage de leur foi à l'intention des passants qui déambulent dans l'espace public de l'avenue Bernard.

Si tout le monde peut aimer les petits poissons multicolores nageant dans une eau cristalline et foisonnante, le dazibao des Dieux promeut un message «subliminal» nettement moins consensuel. Pas besoin de savoir lire entre les lignes pour y identifier ici une propagande anti-avortement ultraconservatrice. On dirait même que l'on y fait la promotion des tribunaux rabbiniques.

Tout récemment, les fondamentalistes religieux ont modifié leur murale. Pour s'assurer que leur prêche soit lisible en entier, ils l'ont reproduit plus près du trottoir de l'avenue Bernard. Pour que les hors-caste intègrent mieux leur message, ils ont même remplacé le terme «D.eu» par «D-ieu»

On sait bien que le rôle du rabbin Yudi Winterfeld au sein du mouvement loubavitch Chabad Mile End est de «provide every Jew living and studying in the Mile End/Outremont neighbourhood with a warm, loving Jewish environment», mais il y a tout de même des limites. Que les intégristes propagent leurs prêches réactionnaires dans leurs synagogues, soit, mais on se passera volontiers qu'ils nous les imposent dans l'espace public sous la forme de panneaux-réclames.

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 * Les hassidim poussent le scrupule jusqu'à interdire l'utilisation du nom de «Dieu». Aussi, ils le tronquent ou le déforment et réfèrent plutôt à  «D.eu» ou «D-ieu».