mercredi 24 août 2016

DEUX POIDS, DIEU MESURE!



«Tout le monde mérite une chance égale d’écrire son avenir». C’est le message que diffusait dans Le Devoir de samedi, la Centrale des syndicats du Québec à l’occasion de la rentrée scolaire.

Tous ne semblent, hélas! pas de cet avis. Le 19 août, M. Pierre Anctil lançait dans ces pages un cri d’alarme. Si la société québécoise ne se ressaisit pas dans le dossier des écoles hassidiques, il soutient que des centaines d’enfants, leurs parents et leurs communautés seront les victimes d’abus intolérables.

Le 8 novembre 2010, Pierre Anctil racontait à l'Université Laval que «l'étude du talmud [par les garçons hassidiques], ce n'est pas très bon pour trouver un l'emploi».




L’amicus curiae des intégristes ultraorthodoxes brandit la Charte québécoise des droits et libertés pour nier à l’État le droit de dire son mot dans le cursus scolaire des enfants alors qu’ils sont à l’intérieur des murs de leurs établissements d’enseignement.

Le professeur sait fort bien que l’État et la société québécoise ne s’objectent aucunement à ce que des groupes minoritaires transmettent leur langue, leur religion et leur culture à leur progéniture. Ce qui est vraiment intolérable, c’est que cette transmission se fasse au détriment du droit à l’éducation que cette même Charte québécoise garantit en toutes lettres.


Le relationniste ne relève que les passages de la Charte qui conviennent à son discours. L’article 42 spécifie bien que les parents «ont le droit de choisir pour leurs enfants des établissements d’enseignement privés pourvu que ces établissements se conforment aux normes prescrites ou approuvées en vertu de la loi».


Il s’avère qu’en matière d’éducation, bien que ces écoles religieuses se nourrissent de généreuses subventions gouvernementales, elles n’ont jamais respecté le régime pédagogique prévu dans la loi sur l’instruction publique.


2015-04-28: Dans la même école illégale du 6355 avenue du Parc, on retrouve des enfants de trois ou quatre ans jusqu'à de jeunes adolescents

Quand, du matin au soir, six jours sur sept, des enfants sont forcés d’étudier presque exclusivement les textes fondateurs du judaïsme, nous sommes confrontés à une gigantesque entorse à l’esprit de la loi.

D’ailleurs,
 Pierre Anctil avait déjà fort bien illustré l’ampleur du problème. Dans une autre lettre ouverte au Devoir, il rappelait que si ces institutions ne respectaient pas les exigences du ministère, c’était que leur programme religieux était tellement exigeant que les enfants devaient y consacrer de nombreuses heures chaque jour. 

Et c’est ce même pédagogue qui nous raconte aujourd’hui que la voie de l’enseignement à la maison mérite d’être valorisée? Qu’il nous dise quand les enfants en trouveront le temps. Le soir, après une journée harassante? Guidés par leurs parents qui ont fréquenté les mêmes écoles talmudiques un quart de siècle plus tôt?

Pour respecter l’essence de la loi, il faudrait au contraire que l’école offre les matières «séculières» durant le jour et que les parents prennent tout le temps qu’ils veulent à la maison pour leur inculquer leurs valeurs cultuelles. N’est-ce pas la discipline qu’ils maîtrisent le mieux?

En dépit du fait que le DPJ ait dû recourir à l’assistance des forces policières pour avoir accès aux enfants et qu’aucun acquis éducationnel n’a été évalué, l’anthropologue yiddishophile est persuadé que la vie, le développement affectif et intellectuel des jeunes ne sont aucunement menacés.


Une des policières appelée en renfort par le DPJ pour soutenir l'intervention de l'organisme chargé de veiller au bien-être des enfants du Québec.

Faut-il donc trancher le bras d’une adepte ou pratiquer une circoncision fatale comme l’avait fait Moïse Thériault en Gaspésie pour que l’on se préoccupe du sort des enfants du Québec?

En juin 2014, pourtant, la situation des écoles hassidiques illégales était si préoccupante que la ministre responsable de la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, avait assimilé la fréquentation de ces écoles à de la maltraitance ou à de la négligence pouvant y conduire. À la même époque, Camil Bouchard, ancien professeur au Département de psychologie de l’UQAM, rappelait que ces enfants sont tout simplement « piégés dans une communauté et ne peuvent espérer jouer un rôle de citoyens responsables ».

Dans Le phénomène des sectes, un ouvrage publié par le Centre de documentation et de consultation sur la pensée sectaire, on fournit certaines caractéristiques permettant d’identifier des groupes pouvant être dommageables pour l’intégrité physique et psychologique des membres.

Le zèle et la confiance absolue que les membres peuvent porter au leader, la nécessité de recourir au leader avant de prendre plusieurs décisions de la vie, l’obligation de socialiser et/ou vivre seulement avec les autres membres du groupe, les interdits sur ce que le membre peut lire, peut écouter ou voir, la possibilité de se marier librement dans le groupe, l’autorisation pour les enfants de jouer avec des enfants non membres font partie des signes à surveiller.


Menahem Mendel Schneerson, leader spirituel du judaïsme mondial. Une rumeur diffusée de son vivant voulait qu'il fût le Messie potentiel de la génération attendu par les juifs.

Pierre Anctil aborde avec romantisme la tradition hassidique. Mais en décrivant ces ouailles qui suivent les enseignements d’un certain nombre de maîtres qui tracent la voie exigeante à suivre, le docte professeur finit, malgré lui, par nous dépeindre les contours sectaires des groupes pour lesquels il monte au créneau. Cette façon dont un maître applique d'une manière particulière certains préceptes du judaïsme est justement une des balises que le professeur d’Ottawa utilise pour établir si un groupe constitue une secte.

Expressions extatiques d'un groupe de fidèles, lors du mariage du petit-fils d'un grand rabbin

En attendant de voir où mènera cette solution miracle de l’école à la maison, rassurons M. Anctil pour qui nos policiers appuyant un organisme de protection des enfants évoquent des «régimes totalitaires encore vivement présents dans la mémoire». Aucune chemise brune ne viendra mettre la clé dans la porte des écoles religieuses. Cela dit, si la lutte contre l’intégrisme n’est pas qu’un vain mot dans la bouche du gouvernement Couillard, il fermera le robinet des subventions aux écoles communautaristes qui déboulonnent le système d’éducation que nous avons si patiemment et si démocratiquement édifié.

dimanche 26 juin 2016

LES DISCIPLES DE MOÏSE


Vous souvenez-vous de Faigy Mayer? Cette jeune new-yorkaise qui, cinq ans après avoir quitté la secte hassidique, s’est donné la mort en se jetant du haut d'un gratte-ciel. C’était le 20 juillet dernier. 


Je viens d'apprendre que sa sœur Sara s’est, à son tour, enlevé la vie. Dans son cas, elle avait été forcée de marier son cousin germain. Deux histoires d’horreur.



Faigy (à gauche) et Sara au début des années 1990. Elles se sont suicidées à quatre mois d'intervalle, en 2015.


Les cas de suicide chez les anciens hassidim ne sont (hélas!) pas rares. Une étude réalisée en Israël révèle que les anciens ultraorthodoxes sont trois fois plus nombreux à manifester des tendances suicidaires comparativement aux autres segments de la société.

Nos braves ténors hassidiques se font d'ailleurs un malin plaisir à déformer la réalité pour sauver la face. Ils répètent à qui mieux mieux que ceux qui défroquent sont souvent atteints de maladies mentales.


En avril 2012, sur la page Facebook fondée par la conseillère hassidique Mindy Pollak, le lobbyiste Mayer Feig avait eu un bref échange avec Deborah Feldman, une autre hassidim de New York qui avait fui la secte et raconté son histoire dans un livre-choc intitulé Unorthodox: the Scandalous Rejection of My Hasidic Roots.
À l’époque, Feig n’avait eu aucune gêne à prétendre qu’elle avait eu «une vie très troublée depuis l’enfance». 

Un bout de l'escarmouche entre le lobbyiste ultraorthodoxe et l'ex-hassidim, sur la page de Friends of Hutchison Street, en avril 2012
 
En mai 2014, c’est son vieux pote sectaire, Alex Werzberger, qui avait laissé tomber de façon ignoble que Yohanan Lowen, l’ancien hassidique de Boisbriand qui poursuit aujourd’hui le gouvernement Couillard pour déni d’éducation, avait un historique de troubles mentaux.

Toujours en 2014, l’émission The Fifth Estate nous apprenait (aller à 12 min 10 s), qu’avant d’autoriser Adam Brudzwesky à quitter la secte de Sainte-Agathe, les dirigeants des Lev Tahor avaient exigé qu’il signe un document dans lequel il devait reconnaître être atteint d'une grave maladie mentale. Quelle belle méthode pour préserver l’image d’unité et de force inébranlable du système théocratique!

Remarquez que si nous avions été formatés et soumis au même lavage de cerveau, à ce manque cruel d’éducation, à cette claustration schizophrénique et à ce chantage émotif perpétuel, nous aurions bien des chances, nous aussi, de devenir un peu zinzins la calotte. Et c’est sans parler du lot de traumatismes que laissent les agressions physiques, sexuelles et psychologiques caractéristiques à tous les univers conçus pour annihiler tout esprit critique et toute remise en question du dogme imposé. 

D'ailleurs, n'avons-nous pas eu, nous aussi, nos disciples de Moïse? Vous vous rappelez de Moïse Thériault, ce gourou qui avait entraîné les membres de sa secte au mont Éternel, en Gaspésie, pour échapper à  la fin du monde prévue pour février 1979?

Cet illuminé avait pratiqué une circoncision fatale sur un enfant de trois ans, sans parler des boucheries, des agressions sexuelles et des sévices psychologiques pratiqués sur ses ouailles. Je n'ai pas souvenir, cependant, qu'un rescapé de la secte se soit par la suite suicidé. Le fait que ses disciples n'ont été subjugués qu'à partir d'un âge adulte plutôt que depuis leur naissance pourrait-il y être pour quelque chose? Faudrait demander à des spécialistes!

Représentation naïve de Moïse Thériault dépeint entre deux bouleaux
 
Une chose est sûre, c'est que dans la mouvance hassidique, des gens s'activent pour empêcher que trop de sinistrés de l’intégrisme ne commettent l’irréparable. C'est le cas, par exemple, de Henny Kupferstein, une autre femme qui a défroqué d’une secte hassidique de New York.

 Maintenue captive pendant 30 ans dans cette trappe fondamentaliste, Henny a décidé de placer sur YouTube une vidéo sur ce qu’elle a traversé. Elle en profite même pour lancer une pétition en ligne destinée à sensibiliser le monde aux troubles de stress post-traumatiques auxquels doivent faire face les ex-hassidim.


Henny Kupferstein au moment de son mariage forcé, durant sa vie de forçat et après sa libération.

Henny Kupferstein souhaiterait que Bill Gates, le milliardaire philanthrope, finance la mise en place d’un accès gratuit à un réseau Internet Wi-Fi à Brooklyn qui aiderait à contrer l'épidémie de suicides hassidiques.

Pendant que la survivante du goulag intégriste se bat pour que la prochaine génération ait accès à une éducation gratuite et publique un droit fondamental, après tout , que se passe-t-il au Québec?

Le gouvernement Couillard continue de saupoudrer les subventions aux écoles privées illégales. Pire. Il fait des ronds de jambe aux dirigeants hassidiques qui cherchent de toutes leurs forces à garder leurs ouailles captives, à leur rogner les ailes et à les dominer psychologiquement.

Pouvez-vous croire qu'à son tour, le ministre Sébastien Proulx se dit aux anges avec l’idée de laisser les parents veiller à soutenir leurs enfants dans l’apprentissage du français, des mathématiques et des matières profanes? Ces pauvres parents qui n’ont eux-mêmes eu droit qu’à du bourrage de crâne sectaire durant toute leur vie. 

En passant, n'avez-vous pas la fâcheuse impression que ce système d'études à temps perdu est en train de transformer en une magnifique échappatoire à la loi 101? Tous ces parents yiddishophones qui n'ont pas été éduqués en anglais bénéficieront-ils d'un gigantesque accommodement «raisonnable» pour leurs enfants qui se verront directement expédiés du côté de l'école anglaise? Ça ne semble vraiment pas kosher, cette affaire-là. 

Quoi qu'il en soit, plusieurs autres choses étonnent. 

En dépit des inquiétudes soulevées par la protectrice du citoyen à propos des suivis « disparates », voire « inadéquats » des apprentissages à la maison et malgré le fait qu'il ait fallu recourir aux forces policières pour pénétrer dans l’école religieuse, la DPJ s’est contentée de passer une toute petite heure pour évaluer si la sécurité et le développement de 70 enfants sont compromis.

Interviewée par Le Devoir, la directrice de la Protection de la jeunesse, Assunta Gallo, a donné la désagréable impression que la DPJ était pressée de clore le dossier. La veille de la Saint-Jean Baptiste, Mme Gallo envisageait même l’éventualité de remettre le couvercle sur la marmite d’ici la fin du mois, c'est-à-dire dans… une semaine. Ça a l'air d'une méchante évaluation psychosociale, ça, les amis!

Je ne sais pas pour vous, mais moi, le simple fait qu’un directeur d’école clandestine me refusait un accès légitime à des enfants dont j’aurais le mandat de veiller au bien-être me troublerait passablement.

Je serais plus suspicieux encore en réalisant que le directeur de l’école avait éhontément menti aux médias en affirmant qu’il avait toujours collaboré avec la DPJ, ce que cette dernière a formellement démenti.

Ce serait le bouquet si, de surcroît, je savais que ce fameux directeur avait déjà été un fugitif recherché par le FBI, puis déporté vers les États-Unis et condamné à de la prison ferme pour sa participation dans une série de fraudes de plusieurs millions de dollars. Me semble que le lien de confiance commencerait à s’effilocher!

mercredi 15 juin 2016

LA DÉCRÉPITUDE ANNONCÉE



Sur le Plateau, au cas où vous ne le sauriez pas, on est à cheval sur la propreté, l’écologie et le patrimoine bâti. Là-bas, on prône la qualité de vie, avec un grand Q!

Comment oublier le conseiller Alex Norris qui avait pété un plomb contre un franchisé de A&W. Le pauvre avait eu le malheur de placer une pellicule orange pour couvrir ses vitrines pendant les rénovations. 

Norris avait aussi voulu s’en prendre aux panneaux publicitaires juchés sur les toits, mais finalement, le Plateaupithèque élu s’était plutôt contenté de réduire la pollution visuelle en «nettoyant» illégalement la vitrine d’un commerçant de pianos durant la nuit.

Ils n’y vont vraiment pas de main morte. Le 20 mai dernier, par exemple, un citoyen est tombé sur une affichette en carton mousse qui faisait le pied de grue près du coin Saint-Hubert et Rachel. Le message en forme de flèche était cinglant à souhait. Il pointait les sacs de poubelles qu’un résident avait déposés sur le trottoir en dehors des heures réglementaires.


Comme si le résident fautif et les élus avaient élevé les cochons ensemble, l’affiche marquée du logo de Montréal utilisait le tutoiement : «TES VIDANGES ME DÉRANGENT». C’est vrai que pour remettre à sa place un résident malpropre, les gants blancs sont probablement contre-indiqués. Mais, à bien y repenser, si ça donne l'effet escompté, pourquoi pas?

Le message choc au coin de Saint-Hubert et Rachel avec, en fins caractères, le slogan «La propreté, une question de fierté»

C'est dommage, toutefois, que Projet Montréal qui a pourtant fait élire une conseillère dans Outremont et qui convoite l'ensemble de l'arrondissement n'ait pas inculqué à Mindy Pollak les valeurs écologiques et urbanistiques qui sont apparemment si chères au parti. Pollak ne semble éprouver aucune sensibilité à l'égard du patrimoine bâti de son district.

Quatre cocottes de pin sur le rebord d'une fenêtre, voilà qui semble satisfaire Mindy Pollak en matière de patrimoine bâti.

Il suffit d'arpenter certaines rues résidentielles du district (on ne parle même pas des ruelles!) pour constater la décrépitude de plusieurs propriétés et la négligence crasse dont font preuve certains propriétaires. 

Nous ne sommes pas les seuls à l'avoir observé. Même Chabad Mile-End, la très agissante organisation hassidique qui remue ciel et terre depuis son quartier général de l'avenue du Parc, concède que plusieurs maisons cossues d'Outremont tombent en ruines (crumbling townhouses). 


Ce que l'organisation ultraorthodoxe se garde bien de dire, c'est qu'un grand nombre de ces résidences déglinguées et terriblement négligées appartiennent (ou sont habitées) par des membres de la communauté hassidique.

Comment est-il Dieu possible que les propriétaires de ces demeures à l'architecture exceptionnelle ne semblent entretenir le moindre intérêt pour ces joyaux du siècle dernier qui constituent pourtant leur propre patrimoine? Il y a là vraiment de quoi se morfondre. Si tout ce beau monde n'a aucune fierté, peut-être pourrait-il, comme l'a déjà dit Alex Norris, se montrer «plus respectueux de ses [con]citoyens et de notre architecture patrimoniale»?


Remarquez que du côté d'Outremont, le Service de l'aménagement urbain et du patrimoine ne peut pas davantage se péter les bretelles. En juin 2015, l'arrondissement publiait un document encensoir dans lequel on soutenait que la mission du service d'aménagement était d'assurer l'intégrité des bâtiments!



  
Pensez donc! Faudra-t-il les amener en les tirant par les oreilles pour qu'ils découvrent que la déliquescence du parc immobilier de certaines zones de l'arrondissement compromet depuis longtemps «l'intégrité du quartier»?

Peut-être devrait-on suggérer aux responsables du dossier patrimonial de s'inspirer de la méthode stigmatisante utilisée par le Plateau pour venir à bout du problème des ordures sur la voie publique? Imaginez l'effet bœuf que cela pourrait avoir sur les traineux et les procrastinateurs de première.


Ce balcon du 2e étage de l'avenue de L'Épée est pourri depuis des années. Les inspecteurs attendent qu'il tombe avant de réagir



À côté de cet immeuble de l'avenue Durocher, des ruines grecques sembleraient saines. La façade est une honte et la brique de la cour arrière n'attend plus que ses occupants passent pour les aplatir. 

Parions que les propriétaires de ces deux immeubles de la rue Hutchison attendent que ces colonnes du siècle dernier s'effondrent pour les remplacer par du plastique et de l'aluminium. Le Service de l'aménagement urbain d'Outremont peut bien faire des sparages avec son souci de l'intégrité patrimoniale et du quartier!


 
Avec une façade repoussante comme celle-ci, sur Durocher, à quoi bon avoir une caméra de surveillance?


Une autre grande maison unifamiliale dont l'ancienne galerie fout le camp sur l'avenue de L'Épée.
 
On ne viendra pas nous dire que c'est en raison de coûts de rénovation prohibitifs que les propriétaires de cet immeuble de l'avenue Durocher laissent pendre des lambeaux de tapis en façade. On se croirait à Détroit! Quant à son voisin, elle est où la «préservation de l'harmonie du quartier» avec ces colonnes et ces balcons défigurés à jamais?
 
  
Encore une abomination sur l'avenue Durocher! Non seulement tout s'en va à vau-l'eau, mais la vieille balustrade semble avoir été conçue avec des  bouts de bois réchappé d'une clôture de piscine hors-terre de banlieue. Peut-on impunément utiliser du bois grossièrement traité en façade de nos résidences pour remplacer les belles galeries qui faisaient l'orgueil d'Outremont?


Ragoûtant, n'est-ce pas? Ça donne envie de s'asseoir sur ce balcon de la rue Hutchison et de profiter de la vie et de la vue.
   
Bien sûr, personne n'exige que votre petit nid d'amour soit un modèle de maison en pain d'épices digne d'un musée ou des couvertures de magazines d'architecture ou de design, mais entre celles-ci et les horreurs que vous avez été forcés de voir plus haut, il doit bien y avoir un juste milieu, non?

Pour terminer, deux choses. 

À moins que tout ce beau monde soit sur l’assistance sociale ou sans emplois (ce que les ultraorthodoxes nient avec véhémence lorsqu'on avance qu'une bonne proportion des hommes de ces communautés sectaires passent le plus clair de leur temps à prier), comment expliquer tant de laisser-aller, d'abandon et de négligence? 

Des locataires, forcés de quitter le triplex qu'ils occupaient sur la rue Hutchison à la suite de la vente de la propriété à un rabbin hassidique, ont peut-être mis le doigt sur un début d'explication.

Le rabbin en question qui, selon ces locataires, aurait acheté l'immeuble en versant 960 000 $ comptants (!) n'y a pas élu domicile. Il y aurait plutôt installé trois familles de sa communauté. Trois familles nombreuses qui n'auraient vraisemblablement jamais eu elles-mêmes les moyens de s'offrir un tel immeuble et qui, trop heureuses d'avoir un toit, ont probablement accepté d'y vivre sans exiger de leur bienfaiteur qu'il entreprenne des rénovations pourtant plus que nécessaire. Avec les conséquences que nous constatons tous les jours.

Par ailleurs, depuis des années, des gens qui s'offusquent d'entendre des citoyens dénoncer la malpropreté et le délabrement de leur entourage ont eu tendance à vouloir leur chercher des poux. Certains journalistes, même, ont tenté de débusquer des riverains qui seraient «frustrés de voir leur gros investissement immobilier d'Outremont fondre comme neige à cause d'encombrants voisins juifs». 

Même s'il est clair que la source du mécontentement ambiant n'a pas été déclenchée par de «bas intérêts financiers», qu'y aurait-il de si épouvantable si, d'aventure, cela devait être une raison supplémentaire pour expliquer la grogne? 

Est-ce une maladie honteuse que de craindre pour la valeur de sa propriété? A-t-on vilipendé les résidents des abords de l'ancienne carrière Miron lorsqu'ils se sont objectés au projet d'usine de compostage au futur parc Saint-Michel? N'avaient-ils pas le droit tout légitime de craindre pour leur petit bas de laine sans se faire traiter de vulgaires pingres matérialistes? Blâme-t-on les résidents qui s'opposent à ce que qu'une éolienne, un puits de gaz de schiste ou un pipeline s'installent dans leur cour? C'est quoi ces reproches de vieux judéo-chrétiens?

Vous avez vu à quoi ressemblent certaines maisons du quartier et la dégradation qui gagne du terrain. Vous accepteriez cela de bonne grâce, vous? Vraiment? Que ceux qui seraient prêts à acheter à proximité de ces taudis lèvent la main. On va leur trouver des citoyens prêts à leur vendre demain matin.

vendredi 3 juin 2016

DE LA COUCHE AU LINCEUL



À deux jours d’intervalle, la réalité des carences éducatives de centaines d’enfants et d’adolescents hassidiques (autant filles que garçons) frappe encore et toujours notre imaginaire sous la forme de reportages radio et télévisés et d’articles publiés dans tous les grands médias du Québec et du Canada.


Des adolescents de l'école illégale évacuent les lieux, leurs étuis à tephillins sous le bras. Photo: Maxime Deland/Agence QMI

Cela a beau faire plus de dix ans que le phénomène est connu et dénoncé, plus ça va, moins ça change. Chaque fois, le ministre de l’Éducation du moment se donne des airs de pit-bull pour les caméras de télé. Mais une fois le clip terminé et les projecteurs éteints, les Jean-Marc Fournier, Michelle Courchesne, Marie Malavoy, Yves Bolduc, François Blais et maintenant Sébastien Proulx font ce qu’ils ont toujours fait : nada! Tous ont prouvé qu’ils sont des pit-bulls avec un dentier sans Polygrip. Si vous préférez les histoires de minous, disons que nous élisons des chats dégriffés, voire carrément castrés. (Écouter l'entrevue que j'ai accordée à Benoît Dutrizac, hier après-midi. Elle est précédée d'un extrait du ministre Proulx.)

Interviewé sur les ondes de Radio-Canada, le ministre Proulx se dit ravi que la communauté juive «tente de se conformer à la loi» et émet son vœu pieux du jour : «Mon souhait, c'est qu'on s'assure que si ces jeunes filles-là sont scolarisées avec la commission scolaire à la maison, que ce soit une vraie scolarisation… ».


N’attachez pas vos kippas avec de la broche, les boys, ça ne risque pas de brasser trop trop dans vos écoles religieuses. Déjà qu’il y a plus d’un an, le prédécesseur de Sébastien Proulx avait juré un «suivi approprié dans les meilleurs délais». Nous apprenions pourtant hier matin dans Le Devoir que le ministère n’était même pas capable d’expliquer quel suivi a été fait dans ce dossier au cours de la dernière année.
 
Ce que l’on sait, en revanche, c’est que contrairement à ce que les libéraux avaient annoncé en 2009, non seulement le gouvernement n’a pas tiré la «plug» sur les subventions accordées aux écoles illégales, mais il les a augmentées! Petits et grands rabbins de nos sectes locales pouffent de rire.

Même Mindy Pollak, la conseillère hassidique de Projet Montréal dans Outremont, doit se taper les cuisses. Elle appartient aux Vizhnitz, cette secte dont l’école clandestine située au coin de Parc et Beaubien a été investie avant-hier par la DPJ avec le soutien tactique et logistique des forces de l’ordre.

Policiers faisant le guet autour de l'école clandestine, mercredi matin. N'ajustez pas votre appareil. Vous lisez bien Gaza mon amour sur l'affichette collée sur le lampadaire. Comme quoi, il ne faut jamais perdre espoir. Photo: Maxime Deland/Agence QMI

Les gens qui ne savaient pas ce qui s’y passait ont peut-être cru au démantèlement d’une serre hydroponique dans un bunker des Hell’s Angels. Ils se trompaient. Il s’agissait plutôt d’une serre idéologique où l’on administre des surdoses d’opiacés confessionnels pour engourdir les petits cerveaux des enfants ultraorthodoxes (visionner le reportage de TVA).

La conseillère Pollak semble n’éprouver aucun malaise à voir ces milliers d’enfants (60 ans d’écoles illégales multipliés par des centaines d’enfants par années!) se faire lessiver le ciboulot du matin au soir, sept jours par semaine et au détriment d’un enseignement des matières dites «profanes» qui leur permettraient de devenir maîtres de leur destinée et en mesure de contribuer pleinement à la société qui les a accueillis si généreusement. 



Le 29 mai 2016: M. Abraham Ekstein, «Star» du jour de la page Facebook Friends of Hutchison Street fondée par la conseillère Pollak de Projet Montréal.

Au contraire, dans la page Facebook qu’elle a cofondée en 2011 pour diffuser la propagande des dirigeants hassidiques, Mindy Pollak est allée jusqu’à consacrer «Star du jour» un représentant hassidique qui aurait ses enfants non pas dans une, mais bien dans deux écoles illégales différentes! Et elle ose parler de «sévère atteinte aux droits et libertés fondamentaux» à propos du règlement qui limite l'établissement de nouveaux lieux de cultes sur les avenues commerciales Laurier et Bernard alors qu'elle donne son assentiment à cette pratique qui consiste à maintenir les membres de ces sectes immergés dans une saumure de dévotion ostentatoire depuis la couche jusqu’au linceul. Faudra qu'on m'explique.

Pour sa part, Alex Werzberger, un des membres du triumvirat qui m’a poursuivi abusivement pendant des années, trouve que l’arrivée de la DPJ dans cette école clandestine n’est pas… démocratique! Tiens donc! Il prétend même que cela aurait traumatisé les enfants. 


Chouette! La police. Il faut voir les photos prises des enfants tout excités par l'activité inhabituelle pour comprendre que les traumatisés ne sont pas nécessairement ceux que l'on pense. Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

Dans un des reportages présentés ces derniers jours, on a donné la parole à un homme qui aurait un rôle à jouer dans cette école. Lui, nous concevons qu’il puisse avoir été choqué de voir les forces de l’ordre débarquer et encercler l’établissement. Il faut dire qu’au début des années 2000, il a vécu une expérience personnelle particulièrement traumatisante. Le pauvre homme avait été déporté manu militari vers les États-Unis où il a été condamné à la prison pour une fraude de plusieurs millions de dollars.

Mais si vous voulez vous faire expliquer ce que c’est qu’une expérience vraiment traumatisante, parlez plutôt à M. Yohanan Lowen, cet ex-membre de la secte hassidique de Boisbriand qui poursuit le gouvernement du Québec dont l’inaction crasse l’a condamné à être privé d'une éducation digne de ce nom. C’est ni plus ni moins un cas de non-assistance à personne en danger. Il s’agit en fait d’une forme de pure maltraitance. Visionner l'entrevue que M. Lowen a accordée à Vice, le 31 mai dernier


 

Selon Yohanan, si trop peu de gens désertent la secte, c'est qu'ils ont peur d'être coupés de leurs familles et privés de leurs enfants. Pour ne rien arranger, en raison de leurs incroyables lacunes éducationnelles et de l'isolement qui leur a été imposé depuis leur naissance, les candidats à la défroque sont conscients qu'en quittant leur milieu, ils se retrouveront  perdus dans ce monde qui leur est totalement étranger. Et ce sont les dirigeants hassidiques qui vont nous faire la leçon sur ce que sont les droits fondamentaux? Ils ont vraiment du front tout le tour du schtreimel!

Voici l'allure extérieure de l'école clandestine. Alors que les vitrines de la façade sont tapissées de matériaux hétéroclites grossièrement collés à la colle uréthane,  la cour arrière, délâbrée, vient d'être munie d'un espèce d'enclos (flèche rouge) destiné à parquer les enfants. La qualité de vie à son meilleur!


Pour terminer sur une note plus joyeuse, deux petites devinettes.


Selon le rôle d'évaluation de la ville de Montréal, savez-vous quel est l'utilisation prédominante de l'immeuble abritant l'école clandestine? «Entreposage de tout genre». Ça ne s'invente pas!

Sauriez-vous nous dire où est enregistrée l’entreprise qui est propriétaire du même immeuble? Au siège social du Groupe Rosdev, la multinationale milliardaire de ce bon vieux  Michael Rosenberg qui m’a poursuivi devant les tribunaux pendant 7 ans et demi pour tenter, en vain, de me faire taire. Le monde est vraiment petit, vous ne trouvez pas?