dimanche 22 janvier 2017

LE CLAN DES TZADIKIM



Ces dernières années, vous l’aurez peut-être remarqué, plusieurs groupuscules ont germé sur Internet dans le fertile terreau ultrareligieux d’Outremont et du Plateau.


Après que Mindy Pollak, adepte de la secte Vizhnitz et de Projet Montréal, eut lancé Friends of Hutchison Street, en 2011, sous la tutelle du lobbyiste ultraorthodoxe Mayer Feig, suivirent, en 2012, les pages Bill 613 et Outremont Hassid (l’un créé par un rabbin hassidique, l’autre par des activistes ultraorthodoxes), puis Rue Hutchison, un blogue mis en ligne en 2013 par Christian Aubry, un résident d’origine française se disant athée. En 2014, même les Filles et fils d'un Québec ouvert se sont joint à ce club sélect qui prêche le dialogue sincère, la paix sociale, la compassion, l’harmonie avec la communauté hassidique, le multiculturalisme à gogo, voire (qui peut être contre la vertu?) la paix dans le monde.

Depuis novembre 2016, dans la foulée de la campagne référendaire, une nouvelle vague d’amour et d’ouverture inclusifs s’est mise à déferler en ligne. Les Citoyens pour un Outremont inclusif, Le Pont d'Outremont et le Comité de promotion du pluralisme au sein des écoles québécoises sont apparus dans le paysage fleur bleue du quartier. Ce dernier groupuscule fermé qui compte 32 membres nous a été dévoilé lors de la dernière séance du conseil d’arrondissement.


Ça sentait presque la lavande dans la salle du conseil lorsque Mme Claire Trottier, soutenue par Jennifer Dorner, Rani Cruz, Bärbel Knäuper et Michelle Smith, s’est présentée au micro, le 9 janvier dernier, pour réclamer, au nom du nouveau comité, que la Kermesse Soleil du parc Beaubien se tienne dorénavant le dimanche plutôt que le samedi. 

Claire Trottier, Jennifer Dorner, Bärbel Knäuper, Rani Cruz et Michelle Smith

Le samedi étant jour de shabbat, Mme Trottier et ses coéquipières estiment que la communauté hassidique est injustement frustrée d’une occasion en or de célébrer main dans la main avec l’ensemble de la population outremontaise. Pour elles, maintenir la kermesse le samedi, c'est condamner les hassidim à être des laissés-pour-compte de la société. Cela va à l’encontre de l’idéal du mieux vivre ensemble.

Il fallait être particulièrement gonflé et avoir les doigts de pied en éventail pour formuler une telle requête. Mme Trottier ne semble même pas avoir réalisé que le dimanche, les enfants hassidiques sont tous à l’école et que pour rien au monde ils ne sécheraient leur endoctrinement religieux pour aller se frotter à des non-croyants aux mœurs dégénérées.
 

Claire Trottier présentant aux élues ses alliées sans peur et sans reproche dans la salle du conseil.

Pour qui fréquente le moindrement les célébrations et les évènements qui ont cours depuis des années dans l’arrondissement, le constat est pourtant très clair. Les dirigeants hassidiques ne favorisent pas (quand ils ne réprouvent pas) le rapprochement de leurs ouailles avec l’ensemble de la population goy. À leurs yeux, cela met en péril la cohésion du groupe, menace leurs valeurs identitaires et risque, à terme, d’encourager les défections, voire, oh! Horreur suprême, les mariages interculturels avec des non-juifs. Bref, les maîtres à penser craignent de perdre leur ascendant et le contrôle sur leurs disciples.

La mairesse Cinq-Mars a eu la présence d’esprit de rappeler à Mme Trottier que plusieurs évènements de l'arrondissement se tenaient les dimanches. Mais avec quel succès pour le vivre-ensemble?


À gauche, en 2013: le lobbyiste Mayer Feig, le seul hassidim à s'être montré le bout du nez lors de la  première édition de La foulée des parcs. À droite,le même évènement en 2016: les mamans hassidiques demeurent imperméables à l'évènement familial.

Depuis 2009, par exemple, Outremont en famille remue ciel et terre pour encourager les familles à développer un fort lien d’attachement au quartier. On doit à cet organisme à but non lucratif la création, entre autres, de La Foulée des parcs, un évènement dominical qui propose un parcours non compétitif de deux kilomètres à travers les espaces verts du quartier. Poussettes et marche à pied sont encouragées, ce qui a fait dire à Claire Isabelle Mauffette, la présidente de l’OBNL, que cette activité s’adressait directement aux mères de la communauté hassidique. Or en 2016, après quatre éditions, les familles hassidiques brillent toujours par leur absence.

Le Théâtre Outremont a bien tenté, lui aussi, de faire de sa scène un lieu de rassemblement où tous seraient les bienvenus. Il y a environ deux ans, Raymond Cloutier, son directeur général, avait même projeté le film Shekinah (Présence divine, en hébreu), une incursion promotionnelle bien orchestrée au sein d’une école ultraorthodoxe pour filles. Quelques rabbins, des juifs ultra-orthodoxes et beaucoup de juifs non orthodoxes s’y sont présentés, mais des tabous comme l’interdit de mixité sont vite venus à bout des bonnes intentions des organisateurs du théâtre.

Caricature de Beaudet

Cela n’est pas sans nous rappeler l’histoire qui avait entouré le lancement, à la bibliothèque d’Outremont, de Lekhaim!, un recueil de chroniques de la vie hassidique à Montréal. L'auteure, Malka Zipora, mère de 12 enfants élevés à Outremont, souhaitait peut-être faire un pont entre voisins de diverses origines, n'empêche qu'elle n'avait accepté de rencontrer des journalistes qu'à la condition qu’il n’y ait que des femmes à la conférence de presse et qu’on ne la prenne pas en photo. Allo le pont, toi!

Le mieux vivre ensemble serait donc le cri de ralliement de Claire Trottier et de ses alliées. On aurait bien aimé qu’elles nous expliquent pourquoi elles ont choisi de faire de la «promotion du pluralisme au sein des écoles d’Outremont» leur cheval de bataille.

Après tout, mises à part les écoles illégales ségrégationnistes de la communauté hassidique, le pluralisme n’est-il pas déjà une valeur promue dans nos écoles? Blancs, noirs, asiatiques, laïcs, musulmans, juifs, chrétiens, francophones, anglophones, allophones ne sont-ils pas accueillis bras ouverts et éduqués sur les mêmes bancs d’école, tant au primaire qu’au secondaire? N’est-ce pas là un bel exemple du «vivre-ensemble»? Bien sûr, tout est perfectible, mais nous sommes quand même à des années-lumière des écoles hassidiques qui prônent le ségrégationnisme, l’exclusion et le «vivre-à-côté», une expression de mon ex-collègue Lise Ravary.

Il faut tout de même dire les choses comme elles sont. Les membres de ce comité font preuve d’une sensibilité plus qu’à fleur de peau.

Si vous ne connaissez pas Jennifer Dorner, vous aurez peut-être entendu parler du scandale dont elle avait été à l’origine. C'est elle qui avait vertement dénoncé des enseignantes de l’école Lajoie d’Outremont lors de la rentrée scolaire d’août 2016. Celles-ci avaient eu le malheur d’accueillir les jeunes enfants du primaire avec des coiffes autochtones. Ce n’était peut-être pas l’idée du siècle, mais de là à les scalper sur la place publique… 

Voilà le traitement qui a été réservé à cette enseignante du primaire de l'école Lajoie et qui a éclaboussé toute l'école.

Jennifer Dorner, aujourd’hui une administratrice du Comité de promotion du pluralisme au sein des écoles d’Outremont, avait décoché sa flèche, estimant que plusieurs autochtones jugent qu’une coiffe portée par un étranger est un geste irrespectueux.

Quand c'est Justin Trudeau qui porte la coiffe sur l'«Île de la Tortue», il n'est pas déguisé. C'est vrai que lui, peut s'offrir un vrai panache de plumes d'aigle. À droite, Jennifer Dorner immortalisée tout contre le beau Justin.

Sur sa page Facebook, l’activiste radicale avait placé et louangé un texte «éloquent», véritable cri de guerre de son ami Elwood Jimmy: «C’est ce manque d’ouverture, ce racisme, cette ignorance obstinée qui tuent les Autochtones et les Noirs partout sur l’île de la Tortue (l’Amérique du Nord, pour les Autochtones du Canada). Des enseignantes comme celle-là permettent au racisme de se développer, DE TUER. J’encourage les Blancs à réfléchir à cela, et à intervenir lorsqu’ils entendent d’autres Blancs tenir des propos racistes. Ils pourraient vraiment sauver la vie d’un Autochtone ou celle d’un Noir.» Les pauvres enseignantes y ont perdu des plumes.

Pour les rachever, Jennifer Dorner avait également placé un commentaire de son propre cru sur sa page: «Mon mari vient de l’Allemagne et nous sommes très conscients de ce qui se passe quand une culture dominante impose leurs idéologies. Nous vivons dans une société pluraliste sur des terres autochtones.» Quel amalgame subtil! 

Les Outremontais francophones auraient donc un dangereux penchant pour la chemise brune! Si ce n'est pas là un préjugé épouvantablement infamant et dégradant à l'égard des francophones, on se demande bien ce que c'est.

Confrontés à de tels apôtres de l’amour infini qui prétendent «favoriser une compréhension et respectueuse entre les diverses personnes d’Outremont», comment ne pas être saisis en les entendant commenter le résultat du référendum de l’avenue Bernard et dénigrer les 1561 résidents qui ont voté OUI? 

Pour combattre le «règlement discriminatoire», le mouvement United Outremont Kehilos (des chanteurs, si je ne m'abuse) a entrepris une campagne de financement. En deux mois, à 11 personnes, ils sont parvenus à amasser 774 beaux dollars.

Contrariée par ceux qui ne partagent pas sa vision du monde, Claire Trottier a dénoncé en anglais sur Facebook cette «victory for intolerance, ignorance, and fear» (sa version française est une vulgaire traduction électronique!). Ulcérée, elle n’a pas pu s’empêcher d’ajouter : «So much of this mirrors what I see happening in the US following Trump's victory.»

Fort en sophismes, Christian Aubry en a rajouté une couche, parlant d’intolérance, de conservatisme, d'ethnocentrisme et d’intégrisme laïque, sans oublier, bien sûr que «L'esprit de Donald Trump, du Brexit, de la Hongrie réactionnaire et des radios-poubelles de Québec vient de débarquer à Montréal.»

Ne voulant surtout pas être en reste, la conseillère Mindy Pollak a, elle aussi, établi un lien entre la politique de l'arrondissement d'Outremont et les élections américaines dans une interview qu'elle a accordée au web-zine Faith in Canada.

S’il est devenu bon ton d'accuser de
«trumpisme»  tous ceux qui ne pensent pas comme Mindy, nous conseillerions à Pollak de se garder une petite gêne.

Au cas où elles et ses amis ne l’auraient pas réalisé, le New York Times nous apprenait, deux jours après les élections américaines, qu'à New York, château fort d’Hillary Clinton, c’est la communauté juive ultraorthodoxe de Brooklyn qui a offert le plus grand soutien au scabreux Donald Trump. Faut-il rappeler que plusieurs des coreligionnaires de Mindy Pollak qui vivent à Outremont ont droit de vote au pays de l'Oncle Donald? Parions que les propos du candidat à la touffe jaune sur l’interdiction d’entrée des musulmans (ou leur expulsion  des ÉUA), le soutien encore plus renforcé à Israël et le transfert de la capitale de Tel-Aviv à Jérusalem auront, entre autres, été du plus bel effet sur certains de nos voisins ultraconservateurs de la rue Hutchison.

Il y a quelques années seulement, les progressistes d'Outremont qui vilipendent aujourd'hui Trump, pestaient contre Harper qui était de la même eau, vulgarité en moins. Tout ce beau monde se souvient-il seulement qu'à l'époque, Michael Rosenberg, le plus puissant hassidim de notre arrondissement était un pilier politique du Parti conservateur?

Autocollants de pare-chocs en faveur de Trump dans la communauté hassidique de Brooklyn Crédit photo: Christian Hansen, The New York Times

Il est intéressant de constater que chez nous, les militants de cette mouvance pro-hassidique sont surtout des militantes.
Des femmes intelligentes, parfois bardées de diplômes. Bacs, maîtrises, doctorats rattachés aux sciences politiques, au génie civil, à la santé publique, la psychologie, les médias et communications, les arts et lettres. Certaines ont des CV se déclinant sur... 38 pages!

Tantôt originaires de Montréal, de Nouvelle-Écosse, d’Ontario, du Manitoba, de Colombie-Britannique, des États-Unis et de plus loin encore, elles sont professeures agrégées, chercheuses, spécialistes de l’éducation, écrivaines, photographes, réalisatrices, artistes et (souhaitons-le!) féministes. On les retrouve, entre autres, à McGill, Concordia, Polytechnique, aux collèges Dawson et John Abbott, à l'UdM.

Ce qui nous interpelle, ici, c'est ce constat que des femmes ayant pu profiter d'un haut niveau d'éducation, des femmes libres de leurs destinées, de se réaliser pleinement, d'assumer leur orientation sexuelle comme elle l'entendent, des femmes soucieuses de revendiquer leurs droits à l'égalité, à l'avortement et à bien d'autres choses encore, soient plus promptes à qualifier de xénophobes, de racistes, d'intolérants et d'antisémites une majorité de francophones que d'œuvrer à promouvoir une émancipation qui serait pourtant favorable à des enfants assujettis à des dirigeants théocrates, machistes et contrôlants à outrance. 

Elles semblent incapables de dissocier leurs relations de proche voisinage de la question problématique du pouvoir ségrégationniste qu'exercent les leaders de ces sectes religieuses isolationnistes. De ce genre de sectes qu'un avis du Conseil du statut de la femme qualifiait de «microcosmes de dictatures où la liberté de pensée est brimée, où les femmes et les enfants sont discriminés».
Dans sa cabale en faveur de ses voisins ultraorthodoxes, Sarah Dorner, la sœur de Jennifer, fait sa part. Elle dit acheter des craies de trottoir par paquets de 50 pour inciter les petits hassidim à jouer dans la ruelle avec ses enfants. Elle semble ne pas vouloir aller au-delà des questions d'interactions occasionnelles de voisinage.

Que ces femmes soient anglophones ou qu'elles baignent dans un milieu où l'anglais prédomine souvent n'est pas un problème. D'autant moins que plusieurs d'entre elles parlent français.

Le clivage semble culturel, communautaire, idéologique et politique. Sans même aller puiser un seul nom dans les listes de sympathisants des sites ultraorthodoxes, on a vite fait de voir qui se rallie au clan des Tsadikim (les Justes, en hébreu) 

D’Adamson à Zieg, en passant par Botz, Chapman, Duffield, Eidl, Freedhoff, Gestetner, Hawkins, Jacobs, Krausz, Lafrenière, Mendelson, Neuhaus Whitman, Olivier, Pottel, Raillant-Clark, Shiller, Tenenbaum, Verna, Webster et Yates, la liste ne compte même pas 10% de francophones parmi les chantres du vivre et laisser-vivre absolu.

Tout ce beau monde peut bien accuser les Québécois francophones d'un supposé repli sur soi. Ont-ils seulement conscience de leur propre chauvinisme, de leurs préjugés crasses et de leur arrogance?

On n'a pas besoin d'un doctorat en esperanto pour s'apercevoir qu'une majorité des gens qui se manifestent en faveur du laisser-faire sont apparemment de culture, de confession ou de sensibilité juives. Ce n'est pas une tare. Ce n'est pas honteux. C'est tout simplement que ceci pourrait peut-être expliquer cela.




Il est intrigant de constater combien certaines de ces personnes se montrent outrées de l'épouvantable sort que les francophones font aux hassidim d'Outremont. Une grimace, un gros mot, une escarmouche nous auraient-ils échappé? Certains ont déjà songé à recourir au Comité des droits de l'homme de l'ONU.

Étrangement, par contre, ces belles âmes sensibles ne semblent pas témoigner de la même empathie lorsqu'il s'agit, par exemple, de l'occupation et de la colonisation des terres palestiniennes ou du sort de ses habitants dépouillés jour après jour depuis 68 ans.

J'ai même une voisine qui est membre du Comité de promotion du pluralisme dans les écoles d'Outremont. Elle a signé la pétition de l'Université McGill pour dénoncer le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) qualifié (évidemment!) d'antisémite.

Dans sa grande mansuétude, elle s'est tout de même engagée dans la pétition à «veiller à la préservation de l'ouverture, de la tolérance et de la civilité», ce qui, vous en conviendrez, rassurera les réfugiés des Territoires occupés de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza.

Croyez moi. Sur ma rue, il n'y a rien de plus apaisant et de réjouissant pour les yeux et pour l'esprit que de voir cette voisine sereine chevaucher sa trottinette sur les trottoirs d'Outremont, cheveux d'or aux vents.

samedi 26 novembre 2016

ET VLAN SUR LE GLAND! ou QUAND UN LAÏC AVERTI EN VAUT DEUX!


Vous connaissez l’adage. «Si c’est écrit dans La Presse, ça doit être vrai!» Après Lysiane Gagnon, c’est au tour de Michèle Ouimet de s'improviser juge et partie dans l’affaire des lieux de culte sur le tronçon commercial de l’avenue Bernard. Et deux fois plutôt qu'une. Elle peut bien traiter les élues d’Outremont de tatillonnes et bêtes en raison du règlement qui vient d’être adopté. Elle raisonne elle-même en petite fonctionnaire pinailleuse.

Si Outremont s’est fusionnée à la grande ville et qu’elle fait partie intégrante de la métropole, pourquoi la chroniqueuse se borne-t-elle à tenir une comptabilité de gratte-papier? Voue-t-elle un culte au cadastre de lotissement comme ces bons colons qui recevaient le Mérite du défricheur des mains de Duplessis?

Apprenons à Mme Ouimet que ce n’est pas un, mais bien trois endroits qui servent déjà de lieux de prières sur Bernard. Et c'est sans parler du quatrième qui s’en vient au coin de Bernard et Champagneur.



À gauche, avec ses vitrines solidement briquetées, la façade de la synagogue du 1075 Bernard ressemble à un bunker de motards. À droite, au sous-sol de l'édifice Remax du 1290 Bernard, se terre un autre centre religieux ultraorthodoxe.La carte des erouvs d'Outremont est fixée au mur

Comme Marie Cinq-Mars, Michèle Ouimet ne semble pas pouvoir regarder plus loin que son nez. Elle se refuse à prendre en compte la synagogue qui loge au coin de Bernard et Hutchison.

Désolé! Sorry! Cette synagogue en chantier depuis neuf ans au coin de Bernard et Hutchison ne peut pas être prise en compte? C'est vrai qu'elle dépasse de deux enjambées la frontière d'Outremont.

Imaginez! Cet immeuble, d’abord occupé illégalement dès 2007, puis délabré pendant sept ans et encore «à moitié construit depuis deux ans» (dixit Ferrandez) se trouve à quelques mètres de la frontière d’Outremont. Mais… Tut! Tut! Tut! Foi d’arpenteur, ça ne compte pas!

La journaliste se dit renversée du fait qu'une administration municipale puisse faire un règlement alors qu'il y a si peu de synagogues. C'est quoi son problème?
 


Même s’il n’y avait eu aucune synagogue et aucun autre lieu de culte sur Bernard, ça change quoi à la légitimité de réglementer le zonage? Y a-t-il un quota minimum prévu dans la Loi sur les cités et villes avant que les élus puissent procéder? Pour réglementer les bars de danseuses ou les débits de boisson, faudrait-il aussi attendre qu’il y en ait 10 ou 15 avant qu’un changement au zonage puisse se justifier? Dans tous les autres arrondissements où les élus ont choisi de restreindre le nombre de lieux de culte sur leurs rues commerciales, a-t-on crié au scandale? A-t-on vilipendé les conseils d’arrondissements pour crime de lèse-évangélisme. Quelqu’un s’est-il fait traiter d’antiraëliens, d'antihaïtiens?


Où Ouimet est-elle allée pêcher l’argument farfelu et démagogique voulant qu’on attribue à une synagogue les malheurs de l’avenue Bernard? N’importe quoi!

Elle ne se gêne pas non plus pour répéter les faussetés que sa collègue Lysiane Gagnon avait elle-même publiée le 4 octobre dernier. 

Comme la grenouille qui voulait en imposer au bœuf, cela fait au moins 11 ans que les hassidim racontent constituer 25% de la population d'Outremont et connaître une croissance de 5% par année. Pourtant, les dernières statistiques municipales (2011) chiffrent à 19% le pourcentage de citoyens juifs (qu'ils soient ultrareligieux, moyennement pratiquants ou laïcs).

Ouimet et Gagnon jouent aussi au téléphone arabe avec cette rumeur voulant que c’est après que Michael Rosenberg eut déposé une demande de permis pour une nouvelle synagogue en mai 2015 que les élues d’Outremont ont déballé leur règlement en vitesse. Hélas! Une contre-vérité répétée 1 000 fois ne devient pas une vérité.

Pour avoir l’heure juste sur la question, consultez ma chronique Le Godly Square Mile. Si La Presse avait accepté de publier le correctif que j’avais adressé à Lysiane Gagnon, peut-être que Ouimet n’aurait pas fait rebelote avec ces cancans boiteux, quoi que… rien n’est moins sûr. La Presse a préféré publier hier une lettre de deux hommes du monde en proie à une attaque de panique aiguë. Ils vont jusqu’à invoquer «un recul alarmant de la liberté religieuse». Pour un lieu de culte, comme dirait Ouimet? Avant d’ameuter Ban Ki-moon, je leur suggérerais de respirer par le nez.

Quant à ce bon vieux Julius Grey qui flaire le pactole et tente de ferrer le gros poisson avec ses énoncés génériques à l’emporte-pièce, il peut bien répéter tant qu’il voudra «[qu’] on ne peut pas utiliser le zonage pour empêcher l’établissement de lieux de culte». Il n’est quand même pas pour dire à Michèle Ouimet qu’il pense que sa cause est bancale. Et encore moins à Michael Rosenberg qui lui rapportera (encore!) plein de bacon.



Ce n'est pas parce que Julius Grey le dit que c'est vrai. J'en suis la preuve vivante. Il est ici en conciliabule avec Alex Werzberger, Martin et Michael Rosenberg, lors de mon 2e procès... qu'ils ont tous les quatre perdu!

À la question «Est-ce que le règlement rend plus difficile ou presque impossible la pratique de cette forme de judaïsme? », Grey patine : «Si la réponse est oui, il y a apparence d’inconstitutionnalité.» On ne voudrait pas faire de peine à quelqu’un, mais si la réponse était non, comme nous le croyons fermement? On ne sauverait pas seulement les apparences, mais la constitutionnalité tout entière. Et vlan sur le gland!

N’en déplaise à Julius, le cas qui nous occupe est tout autre que ce qu’il vient d’énoncer à la journaliste. Bien sûr, si l’arrondissement avait décrété un bannissement total sur tout son territoire, il se ferait rabattre le caquet par les tribunaux en deux temps, trois mouvements. Mais voilà. Le règlement de zonage n’interdit pas l’ouverture de nouveaux lieux de culte à Outremont. Le règlement… RÉGLEMENTE! Oui, ça peut se faire sur le territoire, mais pas n’importe où et de n’importe quelle façon. C'est triste à dire, mais en attendant que la loi de
Yahvé fasse foi de tout, l’arrondissement a encore voix au chapitre.

On est à des années-lumière d’une interdiction de pratiquer leur religion comme le prétendent les Feig, Werzberger, Rosenberg et cie. D’ailleurs, quand on a eu à se frotter à cette trinité sectaire, maniganceuse, arrogante, délinquante et bully (consultez le lourd dossier des Rosenberg), c’est toujours émouvant d’entendre le premier dire qu’ils ont de la grosse pé-peine de se sentir rejetés,le deuxième, faire l’éloge de la compréhension universelle et le troisième, avoir le culot de prononcer le mot «bonne foi».

Au cours des deux procès que les Werzberger et Rosenberg père et fils m’ont collés aux fesses à la Cour du Québec et en Cour supérieure, les juges ont pu apprécier l’hypocrisie, la fourberie et leurs ribambelles de mensonges avant de me blanchir sur toute la ligne.

Michèle Ouimet termine sa chronique avec l’argument réchauffé que nous ont toujours servi les dirigeants hassidiques. «Watch out, les boys! Si vous ne vous pliez pas à nos demandes, ça risque de vous coûter cher.» Pour une histoire d’érouv qui a viré en eau de boudin, combien de démêlés judiciaires, combien de centaines de milliers de dollars, Outremont, les autorités gouvernementales et policières et des résidents ont-ils été obligés d’engloutir pour forcer les gourous hassidiques et leur suite à se conformer aux lois et règlements qui nous régissent tous autant que nous sommes?

 
Werzberger et Ekstein peuvent bien raconter devant les caméras
«[qu’] il n'y a rien de pire que de se retrouver en cour, même si on gagne», n’empêche que les grosses légumes de la secte ont toujours privilégié le recours à la manière forte et aux menaces de poursuites pour intimider, tenir tête ou en imposer aux autorités et à ceux et celles qu'ils considèrent des trouble-fête.

Y a-t-il une synagogue qui n’ait donné lieu à une partie de bras de fer entre les dirigeants hassidiques et les administrations locales au cours des 30 dernières années?

Souvenez-vous de la synagogue illégale
au coin de Lajoie et Durocher. Le dossier a traîné 22 ans et en dépit des jugements, les administrateurs de ce lieu de culte clandestin ont fait les têtes de lard pendant dix ans avant de déplacer leurs pénates au coin de Durocher et Van Horne où, pendant sept autres années, ils en ont à nouveau fait voir de toutes les couleurs à l’administration municipale. Entre les interruptions prolongées du chantier, la révocation de permis pour non-respect des normes de construction et le bras de fer juridique, cela a tout de même coûté 100 000$ aux citoyens d'Outremont. Uniquement pour ce dossier! Ça ressemble étrangement à ce que vit Ferrandez avec la synagogue au coin de Bernard et Hutchison, pour ne nommer que celle-là.



Voilà ce que l'on retrouvait avant-hier sur la page Facebook de Luc Ferrandez. Je rappellerai au maire du Plateau que cela fait neuf ans qu'elle est en chantier et qu'elle ne respecte ni les normes, ni les commerces voisins, ni les résidents du quartier. Une honte!

Comment la chroniqueuse qui habite le Mile End peut-elle soutenir que le Plateau Mont-Royal n'a pas de problèmes avec les lieux de culte hassidiques? Est-elle de mauvaise foi ou ignorante de la réalité?

Le 5 août 2010, j'avais justement guidé Richard Bergeron et les conseillers élus de Projet Montréal pour une petite visite des synagogues du Mile End. Ils avaient été impressionnés par les allures de taudis infects, les vitrines brisées ou tapissées de papier Kraft et d'autres matériaux de fortune de plusieurs de ces lieux de culte dont certaines, en plus de défigurer le paysage, opéraient sans même détenir de certificats d'occupation. Aujourd'hui, plus de six ans plus tard, plusieurs de ces lieux lugubres sont encore et toujours des pustules inadmissibles dans le décor.



À gauche, la synagogue du 5843 Hutchison (à quelques maison au nord de Bernard) en 2010, au moment ou l'équipe Projet Montréal l'a visitée en ma compagnie. À droite, le même taudis il y a deux mois. Pas de problèmes, vous dites?


À gauche, la synagogue du 6082 avenue du Parc (coin Van Horne) en 2008. À droite, la même insulte en 2016. Alex Norris, le conseiller de Projet Montréal, a toujours prétendu ne pouvoir rien faire! Il ne voulait surtout pas se les mettre à dos!

Opportuniste à souhait, Luc Ferrandez saute sur l’occasion que lui donne la chroniqueuse pour faire du Outremont bashing. À moins d’un an des élections municipales où il espère que sa conseillère hassidique Mindy Pollak ne sera pas la seule élue de Projet Montréal dans Outremont, il sait flatter les leaders ultraorthodoxes dans le sens du schtreimel! J'ai bien hâte de voir si les méchants électeurs du camp du OUI lui présenteront l'autre joue!

Le maire du Plateau peut bien dire aujourd'hui que nos règlements sont trop rigides. C'est pourtant lui qui, le 4 juin 2013, clamait sur sa page Facebook qu'il fallait «Plus exiger [de la communauté hassidique] pour mieux accueillir». Quant à son commentaire voulant «[qu’]il faut vraiment être gonflé pour dire non» à une communauté qui «a le droit d’obtenir un lieu de culte», Ferrandez est dans le champ puisqu'avec son règlement amendé, Outremont n'interdit absolument pas les lieux de culte. Il souhaite simplement «préserver les artères qui irriguent le quartier», comme le dit si joliment François Cardinal dans son éditorial d'aujourd'hui.

Je n'avais pas eu vent que Projet Montréal proposait «une voie du compromis» où l'interdiction des lieux de culte ne concernerait que les rez-de-chaussée. Si c'est le cas, pourquoi Projet Montréal a-t-il permis l'établissement d'une nouvelle synagogue sur deux étages au 5446-5448 avenue du Parc?


Le 5446-5448 avenue du Parc: Un autre joyau inachevé depuis 2015 dans le fief de Luc Ferrandez

Non seulement cette synagogue (comme d'autres!) est demeurée inachevée depuis 2015, mais en plus, selon l'article 39 du règlement 11-018, son permis de transformation est caduc et nul depuis le 25 août 2016! (voir ci-bas). Comme on dit dans la langue de Shakespeare, c'est du «déjà vu!».



Un autre permis non respecté... pour faire changement!

En défiant et méprisant les communautés qui les entourent, en criant Au meurtre! pour tout et pour rien, en contestant chaque petit point qui ne répond pas à 100% à leurs exigences extraordinaires, en s'entêtant à laisser leurs lieux de culte ressembler à des soues à cochon, les rabbins pensent-ils que cela prédispose les élus et les citoyens à les accommoder avec magnanimité?

Ce qui m'amène à me poser une autre question à la suite de l'article de la chroniqueuse de La Presse. Les autorités outremontaises ont-elles vraiment le monopole du «colletaillage» avec les ultraorthodoxes?

Passons sur les épiques échauffourées judiciaires qui ont hanté et saigné les coffres des municipalités de Boisbriand, de Sainte-Agathe, Saint-Adolph d'Howard, Val Morin, Saint-Eustache. D’aucuns diront que les Québécois sont reconnus pour leur indécrottable intolérance et leur esprit de clocher. Alors, allons donc voir au-delà de nos frontières de culs terreux.

Aux États-Unis, et particulièrement au New Jersey et dans l’état de New York, le climat est orageux partout où les sectes hassidiques sont florissantes.

Allez faire un tour à Brooklyn, la grande ville policée, pour le fun. Vous verrez que Williamsbourg, Crown Heights, Boro Park n’y échappent pas. Sortez à Bloomingburg (voir la vidéo), Chester, East Ramapo, Lakewood, New Square, etc. Arrêtez à Kiryas Joel et Monroe, deux villages du New Jersey où s'affrontent solidement hassidim et non hassidim dans un référendum à propos d'une question de territoire (cliquer ici pour visionner l'extrait du documentaire Love Thy Neighbour). Vous verrez qu'à côté de ça, les Outremontais sont doux comme du sucre d'orge.



Love Thy Neighbour (cliquer ici pour le documentaire complet)

Évidemment, on ne parlera pas de la guerre rangée qui sévit entre les ultraorthodoxes d’Israël et les juifs laïcs. Ça pète au quotidien, mais là-bas, personne n’aurait l’idée de qualifier de racistes ou de xénophobes ceux qui s'accommodent mal du diktat des fondamentalistes.

Pour finir, j'aimerais éclaircir un point avec Abraham Ekstein, ce nouveau porte-parole hassidique que semble avoir tant apprécié la chroniqueuse.


Abraham, vous qui vous disiez si préoccupé par l’argent du contribuable, pourquoi avez-vous demandé la tenue d'un référendum à 65 000$ si vous aviez déjà annoncé votre intention de contester le règlement devant les tribunaux? Vous espériez le gagner? Ah bon! Je comprends mieux, maintenant. Vous êtes comme Trump: «I'll accept the election results — 'if I win'»!

C'est ce même homme qui soutient que la démocratie ne consiste pas à écouter une majorité pour imposer sa loi aux minorités. Attendez le jour où ils seront vraiment majoritaires dans Outremont. On verra s'il tiendra le même discours.

Rappelez-vous de la prémonition que nous avait faite Steven Lapidus, un spécialiste du fait hassidique en Amérique du Nord dans le magazine Senior Times:



 «If [Hasidim] are not going to move, 
they are going to dominate. …
 If you want to come to a peaceful resolution
to the problems in Outremont,
 don’t wait until Hasidim are the majority.»

Un laïc averti en vaut deux, n'est-ce pas?


Caricature de Chapleau dans La Presse de ce matin