lundi 16 février 2015

LE BOURGEOIS GENTILHOMME D'INFOMAN


Être Jean-René Dufort, je ne crois pas que je résisterais souvent à l'envie de me moquer des séances du conseil présidées par Marie Cinq-Mars. C'est hélas! souvent du grand guignol. 

Puis, quand la Ville de Montréal nous apprend qu'Outremont est en tête pour les dépenses des ménages, c'est encore plus tentant pour Infoman de beurrer épais sur le stéréotype des «Médames de Toutremont».

Pour la 3e semaine consécutive, Jean-René Dufort fait ses choux gras du conseil d'Outremont. Cliquer ICI pour voir son dernier pied de nez (aller à 8m10).

La spécialité de Jean-René étant de se foutre de la gueule de nos politiciens, il faut bien reconnaître son talent, même si dans la plupart des cas, il n'a pas besoin de se forcer le derrière pour ridiculiser ses têtes de Turc. Elles y parviennent généralement très bien toutes seules.

Cela dit, les citoyens qui se soucient un tant soit peu de la vérité savent pertinemment qu'Infoman n'est pas là pour l'étaler au grand jour.

Prenons ce débat sur les décibels dans les cours d'école d'Outremont. Il fait grand bruit depuis plus d'un an et demi, mais la mairesse Cinq-Mars n'a jamais cessé de mentir sur le véritable enjeu sur la table.

Alors que le projet de règlement cible uniquement l'utilisation d’appareils d'amplification dans les cours d'école, Cinq-Mars raconte à qui veut bien gober ses couleuvres qu'il s'agit d'un complot pour empêcher les enfants de se défouler et d'avoir du plaisir dans les cours d'école. Non, mais ça prend tout un front de beu pour raconter de telles inepties en regardant ses commettants dans le blanc des yeux.
 
Le duo Cinq-Mars et Pollak: elles n'obéissent qu'à leur propre «agenda» politique et communautariste.
 

Ça m'épatera toujours ce type de discours schizophrénique de quelqu'un comme la mairesse qui, à chaque séance du conseil que le petit Jésus amène, répète comme une grenouille de bénitier : «qu'il nous soit donné de fonder nos décisions sur un savoir éclairé». Éclairé, mon œil! Cinq-Mars et son acolyte du moment, Mindy Pollak, n'obéissent qu'à leur propre «agenda» politique et communautariste. On repassera pour le bien de la collectivité.

Cela vaut également pour Philipe Tomlinson, l'élégantissime recrue de Projet Montréal. Dans l'espoir de se faire élire lors de la prochaine élection partielle dans le district Robert-Bourassa, Tomlinson s'est réjoui d'avoir pu faire de la figuration à Infoman pour mousser sa campagne. Ce dont il ne se rend pas compte, c'est que l'image bourgeoise qu'il projette aux côtés de son impayable collègue hassidique fait partie intégrante du topo désopilant qu'a présenté Jean-René Dufort.

 
Philipe Tomlinson et Mindy Pollak: le Blue Boy et la Pink Lady du dernier Infoman.


En passant, le candidat de Projet Montréal vient d'annoncer que le 18 février (mercredi) il fera du porte-à-porte dans le district qu'il convoite. 


S'il se dépêche un peu, Jean-René pourrait faire un autre coup fumant dans Outremont en nous montrant Tomlinson se frapper systématiquement le nez aux portes de ses électeurs. Le journaliste bouffon nous expliquerait alors que les citoyens ont confondu le poulain de Projet Montréal avec un... Témoin de Jéhovah!

dimanche 8 février 2015

MINDY ET LE VENT DE CHANGEMENT À SENS UNIQUE



Comme ça, Philippe Couillard trouve que l’intégrisme est un choix personnel. Pour un gars qui s’est rempli les poches de pétrodollars en terre wahhabite, on se serait attendu à ce qu’il ait appris là-bas autre chose qu’une telle ineptie. C’est à se demander s’il est resté enfermé toutes ces années dans le désert de son bloc opératoire stérile. 

Pour le neurochirurgien, tant que ça ne saigne pas, tout va bien. Mais faut-il vraiment que ça gicle et que ça explose littéralement pour qu’on se préoccupe de l’endoctrinement fondamentaliste? 

La semaine dernière, Rima Elkouri a mis le doigt sur le bobo qu’est l’intégrisme religieux. Dans son article Un choix personnel, vraiment ?, la journaliste décrit cette forme de fanatisme comme étant «la voie de l’endoctrinement plutôt que celle de l’esprit critique. Une voie extrêmement rigoriste tracée d’avance, imposée dès le berceau.»

En se demandant quel choix a réellement un enfant hassidique privé d’éducation laïque ou encore une fillette musulmane de 8 ans qui porte le voile, Elkouri renvoie en pleine face du gouvernement son imprévoyance et sa lâcheté en matière d’éducation publique. À ceux qui subventionnent les écoles religieuses fondamentalistes, la journaliste rappelle «qu’une école laïque, ouverte et démocratique demeure le meilleur rempart qui soit contre les dérives de l’intégrisme.» 

Depuis 2006, je dénonce ces écoles religieuses qui détruisent le potentiel humain de milliers d’enfants et j’accuse nos dirigeants politiques qui restent cois devant des générations d’estropiés qui sont rendus inaptes à contribuer au développement de la société.

Pour des raisons strictement électoralistes, nos élus fédéraux, provinciaux et municipaux flirtent avec les intégristes musulmans, juifs, évangéliques ou sikhs au détriment du droit des enfants à recevoir une éducation digne d’un état démocratique. Avec leur vision de taupe, ils considèrent plus payant de frayer avec les fanatiques qui leur procurent des votes en bloc que d’assurer une éducation laïque à des enfants.
Même le maire du Plateau, Luc Ferrandez, ne peut résister à se frotter à la frange la plus intégriste du judaïsme. Il est ici photographié au côté du lobbyiste hassidique Mayer Feig (à gauche) et Thomas Mulcair. Cette photo a été prise le 17 décembre 2014 à la résidence outremontaise de Max Lieberman, un pitbull de l'ultraorthodoxie hassidique de Montréal. Crédit photo: Bill 613

À Outremont, la situation n'est vraiment pas reluisante. Dans une société où la liberté d’expression constitue un pilier de la démocratie, a-t-on besoin d’une intégriste qui vénère des principes théocratiques et qui se montre nettement plus préoccupée par les revendications d’une secte extrémiste que par tout le reste?
L'ultraorthodoxe Mindy Pollak


Depuis son élection en 2013, qu’a donc apporté à l’ensemble des citoyens d’Outremont Mindy Pollak qui promettait d’amener un vent de changement au sein de son quartier?


En mars 2014, la conseillère de tous les citoyens a participé à la First Purim walking tour avec une quinzaine de résidents d’Outremont et d’ailleurs.  

Les cinq jardinières de la rue Hutchison
En mai, avec une poignée de Friends of Hutchison Street, elle a réaménagé gratuitement trois terrains de façade de familles hassidiques de la rue du même nom (photo ci-contre. En juin, Mindy a cuisiné des «chocolate bebeurre» cachères dans le cadre du First Bake-Off qui s’est tenu à la bibliothèque du Mile-End. Quinze mamans hassidiques ont participé à cette compétition de petites gâteries. 

En septembre, la conseillère Pollak a servi de guide à une dizaine de personnes pour leur faire «découvrir» (c'était des touristes?) le district Claude-Ryan.

Connait-on d’autres réalisations à celle qui ambitionnait de bâtir des ponts entre les différentes communautés?

Suivie de très très près par son conseiller politique, elle a réussi à envenimer encore davantage les relations entre les citoyens de l’arrondissement en qualifiant d’antisémites tous ceux et celles qui réclamaient le respect des règlements concernant l’interdiction des autobus dans les rues résidentielles et les cabanes érigées sur les balcons durant la fête de Souccot. Elle s'est aussi plaint des décorations de Noël. 

Ah! oui, j'oubliais. Avec la mairesse Cinq-Mars, elle a même appuyé l'instauration d'une taxe supplémentaire pour les Outremontais qu'elles ont surnommé la «taxe Coderre». Heureusement, les trois conseillères indépendantes ont réussi à fait avorter la triste initiative. Bref, son bilan est tout sauf reluisant.


Philipe Tomlinson et ses supporteurs, en 2013

Au fait, qui était son conseiller politique? Nul autre que Philipe Tomlinson, celui-là même qui se porte aujourd'hui candidat de Projet Montréal dans l'élection partielle du district Robert-Bourassa. Ça promet!

vendredi 16 janvier 2015

THE WORLD IS WATCHING YOU!



Ce qui s’est produit à l’hôtel de ville d’Outremont, le 12 janvier dernier, est aussi rare que l’alignement des planètes du système solaire. Tant la conseillère de Projet Montréal, Mindy Pollak que les conseillères Céline Forget et Jacqueline Gremaud ont démenti la mairesse Cinq-Mars sur ce que l’on peut désormais appeler la crise des Souccot.

Alors que cela fait cinq mois bien sonnés que le processus de modification du règlement 1177  touchant les Souccot, Marie Cinq-Mars a eu l’audace de répéter aux citoyens dans la salle qu’elle n’avait jamais été d’accord pour modifier le temps alloué pour monter ou démonter les cabanes.


Au fil de la soirée, Cinq-Mars s’est évertuée à égrener son chapelet à l’envers : «J’ai toujours dit que ce n’était pas nécessaire.» «Nous avions un règlement qui ne faisait pas problème.» «Les fonctionnaires nous ont rapporté très peu de plaintes.» «Je ne voulais pas mettre de l’huile sur le feu.» «Je souhaitais que la paix soit préservée.» 


Cinq-Mars n'avait pas les pommettes rouges pour rien
Dans la salle, certains citoyens se demandaient si la mairesse ne s’était pas récemment frappé la tête sur les plaques de glace de ses trottoirs. A-t-elle vraiment tout oublié? Chacun à sa manière et pour des raisons bien différentes, les uns et les autres se sont chargés de lui rafraîchir la mémoire.

À la suite d’une question d’une citoyenne, Mindy Pollak a contredit la mairesse sur l’origine de l’affaire : «The issue wasn’t raised for the fun of it. The actual by-law was hard to apply». De fait, les fonctionnaires estimaient que le règlement était difficilement applicable puisqu’il ne spécifiait pas de date de début de la période de 15 jours pendant lesquels les cabanes étaient permises.

La conseillère Jacqueline Gremaud s’est, à son tour, étonnée des propos de la mairesse, rappelant que le 6 octobre 2014, cette dernière avait voté pour la proposition d’accorder trois jours avant et après la fête pour l’érection et le démantèlement des cabanes. «Je suis surprise d’entendre Mme Cinq-Mars dire [aujourd’hui] qu’elle ne veut pas ouvrir ce débat alors que tout le travail a été fait. Tout le processus est terminé. Et là, on arrive à l’étape du vote et tout tombe à l’eau et… on revient au règlement qui n’est pas applicable.»

Non seulement Marie Cinq-Mars a-t-elle voté pour la modification du règlement, mais le 29 octobre suivant, elle a présidé en grandes pompes une consultation publique au Centre intergénérationnel pour entendre les doléances et les suggestions des 200 citoyens qui s’y sont présentés. Le 1er décembre 2014, la mairesse a aussi participé au vote du deuxième projet de règlement qui a été adopté à la majorité du conseil. Cette dernière mouture, plus souple que les 15 jours du règlement actuel, accordait davantage de temps aux célébrants puisqu’elle ne comptabilisait plus les jours fériés avant et après la fête.

Quant à la conseillère Céline Forget, elle a dénoncé le fait que Cinq-Mars ait profité de la démission d’une conseillère municipale pour tirer la plug et empêcher la tenue du vote final sur la question. Au diable les centaines de personnes qui ont participé au débat, à toutes les autres qui se sont donné la peine de donner leur avis par écrit. À elle seule, Mme Cinq-Mars semble estimer peser plus lourd que la décision légitime de majorité du conseil.


Mme Forget a aussi déploré le peu de cas dont a fait preuve la mairesse vis-à-vis du processus démocratique. Elle a rappelé qu’un avis public avait été publié en bonne et due forme dans les journaux afin d’informer les citoyens qui auraient pu être en désaccord avec la teneur du nouveau règlement qu’ils pouvaient signer un registre permettant de déclencher la tenue d’un référendum sur la question. Or pas une seule personne ne s’est présentée pour signer ce registre. «C’est bien la preuve que les Outremontais étaient en faveur de ce nouveau règlement.»

Qu'a-t-il pu bien se produire pour que la mairesse se dégonfle une fois tout le processus réglementaire complété?


Une citoyenne n'habitant manifestement pas Outremont et qui réclamait une traduction des propos des conseillères (!), a eu la bonne idée de demander à la mairesse si elle avait fait l'objet de pression dans ce dossier. 

Mme Joannie Tansky

Par son intervention au micro, Mme Joannie Tansky a répondu avec une arrogance tranquille à sa propre question: «What you are proposing is the most restrictive law in the world against the jewish people.» Instrumentalisant les horribles évènements qui se sont produits à Paris la semaine dernière, elle  a ajouté: «The world is watching you. Especially in these days when there should be tolerance for everyone.» (NDLR: Lire mon commentaire à Mme Tansky qui a publié un texte dans The Gazette)

Mme Sharon Freedman dans le feu de l'action
Toute de suite après elle, Mme Sharon Freedman, une autre fière unilingue montréalaise a pris la relève à grands coups d'hyperboles grossières.  

Elle a prétendu qu'une réglementation aussi répressive n'existe même pas dans les parties arabes d'Israël (visionner la séance du conseil, à partir de 1:00:00). Dans son anathème, elle a plaint tous ces pauvres Outremontais qui seraient traînés devant les tribunaux, qui se retrouveraient en prison (ah, bon?) ou forcés à payer d'énormes contraventions. 

Bien sûr, Mme Freedman n'allait pas finir son prêche sans prouver qu'elle a du «Raging Grannies» dans le sang. Si ce règlement devait être adopté, la Pasionaria de Côte-Saint-Luc a menacé de sortir l'artillerie lourde: «I will make sure that you will be around all over the world, all over CNN». Nous en tremblons encore, M'am! 

Mayer Feig, spécialiste de la tolérance à sens unique.
C'est après de tels coups de semonce qu'est débarqué Mayer Feig avec ses gros sabots, demandant à chacune des conseillères de s'habituer à se présenter  aux l'assemblées du conseil en rapportant une chose positive par mois à propos de sa communauté. 

Elle est bonne celle-là. Voilà maintenant que le porte-parole sectaire prend les conseillères pour des lobbyistes à sa solde. Une p'tite shot de Schnaps à la banane avec ça, mon Mayer?

samedi 10 janvier 2015

LA MINE BASSE


Avec le carnage du Charlie Hebdo, la liberté d’expression vient vraiment de perdre des plumes. Dans tous les sens. Et quand on voit les encriers se déverser dans les journaux pour se revendiquer de Charlie, ça sent les salamalecs de salon funéraire. Vous savez, ce lieu feutré qui embaume les chrysanthèmes et où l’on encense le défunt pour ses valeurs posthumes. Pourtant, de son vivant, on préférait ne pas trop se faire voir en sa compagnie. Parce qu’il dérangeait. Parce qu’il n’était pas politiquement correct. Parce qu’on craignait d’être soi-même éclaboussé, d’en faire les frais.

 

Si les médias se disaient derrière Charlie Hebdo, la plupart du temps la bande à Charlie avait besoin de puissantes jumelles pour les entrevoir au loin, très loin derrière. 

Au moment de la crise des caricatures de Mahomet, tous les directeurs de journaux français ont fait dans leur froc, sauf L’Express qui a publié les dessins en même temps que le successeur de Hara-Kiri. Au Québec et au Canada, à deux ou trois exceptions près, la même trouille a rendu les médias tétraplégiques. Le multiculturalisme dégoulinant a servi de taser. Il a déchargé ses salves paralysantes en criant au racisme, à la xénophobie, à la haine de la religion, à l’islamophobie.

Maintenant que les chargeurs de Kalachnikov ont été vidés sur les irrévérencieux de la plume, les timorés d’hier jouent les (72) vierges offensées et montent bravement (Hum! Hum!) aux barricades en scandant
«Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux». Le temps d'une manif, ils se prennent pour le Che.

En apôtres décomplexés de la liberté d’expression, les 12 journaux québécois ont déterré les caricatures «blasphématoires» qu’ils avaient mises sous le boisseau. Ils se sont même fait donneurs de leçons aux médias anglophones qui, eux, continuent d’être tétanisés par la crainte de déplaire au courant de pensée dominant de la société, qu’il soit politique, économique ou électoraliste.

Parlant des disparus,
Jeannette Bougrab, la compagne de Charb, l’a dit sans ambages : «Ils se sont battus pour des libertés que nous avons oublié de défendre.» Hélas!, nous pourrions soutenir qu’il ne s’agit pas d’un oubli, mais bien plutôt de libertés que nous avons peur de défendre. Car il semble bien que dans nos démocraties frileuses, les frontières de la liberté d’expression soient de plus en plus délimitées par des fondamentalistes religieux de toutes obédiences. 


Caricature de Plantu

Ces derniers jours, j’ai entendu l’entrevue qu’a accordée Arthur Dreyfus au Téléjournal de Radio-Canada. Non seulement le jeune écrivain et journaliste fustige-t-il la religion fondamentale, mais il estime qu’en démocratie, la loi des hommes doit passer avant la loi de Dieu. En matière de liberté d’expression, il revendique le «droit de pouvoir tout dire, de tous les côtés». Pour lui, ce qui vaut pour l’islamisme radical vaut pour tous les autres. Il cite aussi Coluche : «Il n’y aura plus d’antisémitisme en France quand on pourra dire d’un Juif qu’il est un con».

Hélas!, ce n’est pas demain la veille. Le deux poids, deux mesures sévira encore longtemps. Toujours dans l’affaire des caricatures de Mahomet, rappelons-nous le discours que tenait à l’époque le célèbre animateur Thierry Ardisson sur son plateau. Bien que Djamel Bouras y préconisait une loi contre l'islamophobie et dénonçait ce type de provocation qui blesserait des millions de personnes, Ardisson n’en démordait pas. «Si on commence à ne pas faire de dessin pour ne pas choquer les musulmans, dit-il, c’est la fin de la liberté d’expression.» J’applaudissais!
 

La dernière invitation de Dieudonné sur le plateau de Ardisson

Mais lorsque Dieudonné a commis son sketch sur le colon juif orthodoxe, Ardisson a, d’un coup, perdu sa sacro-sainte tolérance universelle. Choqué, voire révulsé, l’animateur attendait des excuses publiques de M'bala M'bala. Quand Dieudonné lui demande pourquoi, subitement, dans un pays où on peut s’exprimer, il existerait un sujet tabou, le libre penseur lui a servi ceci: «Parce que dans ce pays, on a envoyé pendant la guerre des Juifs dans des chambres à gaz et que ça crée un petit problème». 

Dieudonné a eu beau rappeler que des centaines de millions de Noirs ont été envoyés en esclavage pendant 400 ans et que cela n’a non seulement pas empêché l’humoriste Michel Leeb de faire un sketch où un Noir devenait un singe, mais même d’être promu Chevalier de la Légion d'honneur, rien n’y fit. Pour Ardisson, l’affaire était entendue. 


Oeuvre de l'artiste Art Spiegelman

Pour finir, je citerai Pierre Trudel, professeur de droit à l’Université de Montréal interviewé dans Le Devoir du 8 janvier dernier. «On donne énormément d’importance à des gens incapables de supporter de points de vue différents des leurs…Si la liberté de presse c’est de répéter ce qui ne choque personne, vous n’en avez pas vraiment besoin.»

mercredi 24 décembre 2014

L'ÉDUCATION PAR LES LIVRES, M. BOLDUC




Depuis que Yohanan Lowen a servi une mise en demeure au gouvernement du Québec qu’il accuse de l’avoir abandonné aux mains des écoles religieuses, la roue semble commencer à tourner.

Nous apprenions, il y a cinq jours, que si le gouvernement Couillard ne propose pas d’ici quelques semaines un règlement pour dédommager M. Lowen, c’est un recours collectif qui pourrait être brandi (voir le reportage de TVA).

Selon Me Marc-Antoine Cloutier, le président-directeur général de la Clinique juridique Juripop, il s’agirait d’un recours collectif majeur, voire historique dans l’histoire du Québec,  puisque de nombreuses victimes de ces écoles pourraient décider de se joindre à la poursuite. L’avocat de Yohanan Lowen se prépare donc à déposer une demande d’autorisation pour intenter ce recours collectif.

Quelque chose me dit que l’affaire risque de prendre des proportions que le gouvernement ne soupçonnait pas.

Mais à quelques heures de Noël, vous entretenir de contentieux judiciaires n’est pas vraiment de circonstance. Que diriez-vous plutôt de quelques suggestions de livres pour découvrir quelques tranches de vie au sein des sectes hassidiques? Vous pourrez dévorer ces petits bijoux pendant vos vacances de Noël.


Une conception de la liberté
Pour se mettre dans l’ambiance, je ne peux résister à la tentation de vous présenter le choix de lecture de la fille de Yohanan. Un amour d’enfant que son père a immortalisée en train de décrypter à sa façon un gros livre en hébreu. 

Sur une vidéo d’à peine neuf secondes, vous la verrez enfiler de gauche à droite un ouvrage qui devrait plutôt se lire de droite à gauche. Voici ce que ça donne : «Liberty  is really important for these Jews. Now, it is time to stop this hashem*.»  Wouppelai!  Il n'y a pas d'erreur; c'est la fille de son père!
* Hashem signifie Dieu
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Deborah Feldman

Il est fort possible que vous n’ayez jamais entendu parler de Deborah Feldman. Mais au sein de la secte satmar de Brooklyn, cette jeune femme a créé un véritable séisme. À 23 ans, non seulement a-t-elle décidé de quitter la communauté hassidique avec son enfant sous le bras, mais elle a eu l’audace de publier non pas un, mais deux livres pour dénoncer l’intégrisme juif qui lui a empoisonné la vie. Cela lui a valu d’être conspuée, calomniée et démonisée par les membres de son ancienne secte qui l’ont même surnommée Eichmann! Après Unorthodox: the Scandalous Rejection of My Hasidic Roots, Deborah Feldman a récidivé avec Exodus. Deux bouquins qui nous en apprennent des vertes et des pas mûres!

Leah Vincent
Il ne faut parfois pas grand-chose pour voir sa vie basculer. À 16 ans, Leah Vincent n’aura eu qu’à échanger quelques lettres avec un garçon de la communauté hassidique pour que ses parents soient impitoyables. Craignant que cette incartade ne nuise aux mariages de leurs dix autres enfants, ils la chasseront de la maison. Leah se retrouvera seule à Brooklyn. Sans ressources et démunie sur tous les plans, elle sera violée, puis s’enfoncera  dans l’automutilation, la prostitution et la folie. Après avoir touché le fond, elle parviendra tout de même à se reprendre en main. Jusqu'à décrocher une maîtrise de Harvard! Avec Cut me loose: Sin and Salvation After My Ultra-Orthodox Girlhood, Leah Vincent nous propose un récit dur, mais prenant. J'ai bien aimé.

Quoi qu'on nous raconte, le monde hassidique vit sous une étouffante chape de plomb. La question des agressions sexuelles au sein de ces sectes est un tabou. La règle est claire : une victime se doit de protéger sa communauté de ses propres crimes. Et gare à celui ou celle qui refuse de supporter l’insupportable. La dénonciation lui vaudra menaces, réprobation et bannissement.

Grâce au silence imposé, les agresseurs sont encore trop souvent protégés. À New York, il se passe rarement un mois sans qu’une ou deux personnes agressées au sein de la communauté mettent fin à leurs jours


Judy Brown, alias Eishes Chayil
À l’âge de 23 ans, c’est en parlant à un thérapeute que Judy Brown a compris ce que le mot viol signifiait. Élevée au sein d’une secte ultraorthodoxe, elle avait été témoin dans son enfance du viol d’une de ses petites copines qui avait fini par se suicider. En 2010, Judy écrira Hush pour dénoncer ce fléau qui ravage son monde de l'intérieur. Elle le publiera sous le pseudonyme de Eishes Chayil afin de protéger sa famille et ses amis des représailles de la communauté. Puis, après le meurtre sordide d’un garçon de huit ans, à Brooklyn, Judy dévoilera sa véritable identité. C’est à visage découvert qu’elle a souhaité que l’on apprenne aux enfants que l’habit ne fait pas le moine. Un récit que j’ai trouvé poignant.

Anouk Markovits
Anouk Markovits ne sera pas la première jeune femme à fuir la communauté hassidique pour échapper à un mariage arrangé. À 19 ans, elle quitte la France pour se réfugier aux États-Unis où elle entreprendra des études laïques. Elle obtiendra un Master d’architecture de la School of Design de Harvard et un PhD en études romanes à l’université Cornell. Chapeau!

Avec Je suis interdite, Mme Markovits nous raconte la saga d'une famille satmar sur quatre générations, depuis la Transylvanie des années 1930 jusqu'à Williamsburg (Brooklyn) où les chemins de deux soeurs se séparent puisque l'une baigne de plus en plus dans la foi alors que l'autre est attirée par les livres et le savoir. Je ne vous raconte pas la fin puisque... je ne suis encore qu'à la moitié du livre!


Je vous parlerais bien aussi du premier livre de Eve Harris qui s'intitule The marrying of Chani Kaufman, mais j'en suis aussi seulement au milieu de la lecture. En deux mots, c'est l'histoire d'un jeune ultraorthodoxe de 22 ans qui se magasine une femme. On découvre qu'un mariage n'est pas une simple entente consensuelle ente deux personnes, mais bien une affaire qui concerne les familles, les amis et, tant qu'à y être, pourquoi pas toute la société hassidique.

Shalom Auslander
Vous trouverez peut-être que ça manque d'hommes. Je ne saurais trop vous dire si c'est relié au fait que les filles des communautés hassidiques sont généralement plus éduquées que les gars. N'empêche que si vous voulez vous bidonner un bon coup, je vous recommande vivement La lamentation du prépuce, de Shalom Auslander. Né à Monsey (État de New York) d'une famille de juifs orthodoxes, il est particulièrement critique envers le judaïsme et la culture juive, ce qui ne l'empêche pas de vous décaper tous les fondamentalismes religieux.

Bonne lecture et bonne année. On se reparle en 2015. Inch Allah!

dimanche 30 novembre 2014

LE DÉMON DU WIFI



Pendant près de 250 ans, les leaders des sectes hassidiques sont parvenus à confiner leurs ouailles à l’intérieur de l’érouv. Au XVIII, XIX et XXe siècle, c’était relativement simple. L’œil de Dieu était seul à pouvoir jouer les Big Brother, pénétrer l’intimité de chacun et réfréner les pensées «déviantes».

Or, depuis une vingtaine d’années, Yahvé a perdu son monopole. Internet lui fait une concurrence que les rabbins hassidiques redoutent comme la peste. S’il était facile de mettre les livres à l’index, de bannir les journaux, la radio et la télé, il est nettement moins aisé de combattre WiFi, ce démon invisible qui vous colle au bout des doigts. Même intelligents, les téléphones cachères  ne peuvent offrir la garantie des ceintures de chasteté contre les petits futés.
  

Yohanan Lowen à TLMEP
Dimanche dernier, à Tout le monde en parle (désolé pour les pubs du début), nous avons pu voir et entendre le premier hassidim au monde à intenter une poursuite contre un gouvernement qui n’a pas levé le petit doigt pour forcer les sectes ultraorthodoxes à respecter le programme obligatoire du ministère de l’Éducation. Au fil des ans, des milliers et des milliers d’enfants ont ainsi été abandonnés. En faisant défection avec femme et enfants, Yohanan Lowen savait que la lutte serait longue et pénible, mais jamais plus une secte ne mettrait le grappin sur lui et les siens. Finis pour lui les bénis oui-oui.


Mendy Marcus
Yohanan n’est pas le premier à déserter le camp de prières de Boisbriand. Il y a quelques mois à peine, un autre rescapé faisait une sortie remarquée dans le cadre de la célèbre émission Fifth Estate. Comme Yohanan, Mendy Marcus dénonçait ces ravisseurs d’enfants qui les soumettent à un impitoyable lavage de cerveau. 

En 2008, l’auteur et réalisateur Eric Scott présentait son film Quitter le bercail où il nous racontait l’histoire de cinq jeunes qui sont nés et qui ont grandi dans un milieu juif ultra-orthodoxe et qui souhaitaient s’en échapper.

Souhaitons que la poursuite intentée par Yohanan Lowen fera boule de neige, si elle ne crée pas carrément une avalanche. Et pas seulement au Québec.


Naftuli Moster
À Brooklyn, à peine quelques jours plus tôt, un jeune homme de 28 ans envisageait, lui aussi, de poursuivre le New York State Education Department.

Naftuli Moster, cet ancien étudiant d’une école talmudique de la secte Belz dénonce le fait que depuis des décennies, le département d'éducation de l’état finance à coup de millions ces écoles religieuses qui dispensent un enseignement qui contrevient carrément aux normes de l’état.

Dès l’âge de 13 ans, Naftuli affirme avoir été confiné 14 heures par jour dans une yeshiva sans pouvoir apprendre un traître mot d’anglais, ni de mathématiques, d’histoire, de science, de géographie, de musique. 

Frustré par l’éducation lamentable qu’il a reçue, Naftuli avait déjà fondé, en 2012, le Young Adults For a Fair Education (YAFFED), une organisation destinée à promouvoir une éducation séculière au sein des écoles ultraorthodoxes. Faut-il se surprendre qu’il soit aujourd’hui qualifié de renégat par ses anciens éducateurs?


Gedalya Gottdenger
Il est loin d'être le seul. À 21 ans, Gedalya Gottdenger se considère lui aussi un éclopé du système religieux. Les cours d’anglais qu’on lui donnait? «C’était une vraie blague; le but était de nous garder en classe pendant deux heures simplement pour faire croire au gouvernement que l’on nous apprenait l’anglais, mais ça n’avait rien à voir avec de l’enseignement.»

Aux États-Unis, l’organisme Footsteps créé en 2003 vient en aide aux centaines de hassidim qui font défection chaque année. Juste l’an dernier, grâce, entre autres, à Internet, Footsteps a vu son nombre d’adhérents faire un bond de 60 %. En Israël, Hillel offre un soutien similaire, tandis qu’en Angleterre, les ultraorthodoxes qui veulent sortir des sentiers battus recourent à Mavar.

Les colonnes du temple commencent à se fissurer, mais les leaders intégristes ont encore de beaux jours devant eux.

À Londres, dans le seul quartier de Hackney, entre 800 et 1000 garçons hassidiques de 13 à 16 ans sont disparus de la liste du système scolaire pour se retrouver dans des écoles religieuses illégales (voir le reportage diffusé le 14 juillet 2014)

Une des nombreuses écoles illégales hassidiques de Londres - autre continent, mêmes problèmes!

On ne soupçonne pas les méthodes qu’ils utilisent pour empêcher leurs disciples de prendre la clé des champs.  

Le 8 août 2014, c'était la chaîne London Live TV qui diffusait une entrevue réalisée avec Moishy (nom fictif), un rescapé d'une autre secte hassidique du quartier de Stamford Hill. Il faut entendre ce garçon déballer tout ce que ses parents et ses enseignants lui racontaient à propos du monde extérieur pour le dissuader de quitter la secte:

« I was told that everything outside is bad. Not only non-Jews, but anybody that don’t follow haredi lifestyle. We were told that non-Jews were like cattle. They are born, they mate and were created to help us, to enable us to learn Talmud and follow the path given by God.»   

À Londres, Moishy (nom fictif) s'est tour à tour fait offrir de l'argent puis menacer afin qu'il ne quitte pas la secte.

Pour quitter ces communautés, il faut un courage fou et une détermination à toute épreuve. Le lavage de cerveau, le manque cruel d’éducation, l’absence de repères adéquats, la façon dont on dépeint le monde extérieur et le chantage émotif ne sont pas les seuls obstacles à surmonter. Pour sauver sa petite famille, Yohanan Lowen a même été forcé de mettre une croix sur ses proches restés sur place.

D'autres comme Lynn Davidman, élevée dans un milieu ultrareligieux de Brooklyn, a aussi vécu l'angoisse. En mordant dans son premier cheeseburger, elle a craint pour sa vie.  Elle pressentait qu'un châtiment divin viendrait la punir d'avoir touché à un plat non casher. On part de loin, n'est-ce pas? 

Dans ce monde schizophrénique, une maladie, une agression sexuelle subie par un membre de la famille, un suicide ou une désertion sont des taches qui souillent l’ensemble de l’entourage. Bonne chance à celui qui voudrait trouver un bon parti à la sœur ou la fille de celui par qui le scandale arrive. Le geste de l’un marque la famille entière du sceau de la honte. On comprend alors combien il est pénible et traumatisant de sauter la clôture. Le sentiment de culpabilité est immense.
   

Il faut vraiment visionner les témoignages de certains membres de l’organisme Footsteps pour comprendre la traversée du désert qu’entreprennent ceux et celles qui, comme Chani Getter, quittent leurs sectes.

Certains racontent les agressions physiques, sexuelles et psychologiques subies par plusieurs de leurs ami-e-s, mais jamais dénoncées. Il y a aussi cette détresse qui a poussé une jeune fille promise à un mariage arrangé à acheter du poison à rat qu'elle a caché sous son lit avant de se décider à prendre plutôt... la poudre d'escampette.

Les cas de suicide chez les  anciens hassidim ne sont pas rares. Une étude réalisée en Israël révèle que les anciens ultraorthodoxes sont trois fois plus nombreux à manifester des tendances suicidaires comparés aux autres segments de la société. Avouons que ce n'est pas rien. 

Souhaitons que le ministre Bolduc remettra ses culottes et reniera son entente ridicule avec l'Académie Yeshiva Toras Moshe du Mile-End. Ça demande 100 fois moins de courage que de quitter l'une de ces sectes.