mercredi 3 mai 2017

L'INTOLÉRANCE: LA TACHE ORIGINELLE DES QUÉBÉCOIS


Ces dernières années, pour justifier leurs politiques ségrégationnistes, les porte-parole hassidiques ont eu recours à une analogie pas piquée des vers. Ils comparent leur détermination à protéger leur langue, leur culte et leur culture à celle des Québécois francophones.


Au sein de Projet Montréal, la conseillère hassidique Mindy Pollak s’est servie de cet argument fallacieux à quelques reprises lors des assemblées du conseil d’Outremont. À ce que je sache, le Québec est une société de droit tandis que les hassidim ne forment qu'une communauté très restrictive.

Pendant la controverse sur le programme d’enseignement à la maison pour les enfants hassidiques, Abraham Ekstein, le représentant d’une école illégale, a tenu, lui aussi, à nous rappeler que nous nous sommes dotés de lois pour préserver notre identité en Amérique du Nord et que le «combat millénaire*» des juifs hassidiques s’apparente à celui du Québec. Il revendique donc le même droit de transmettre leurs valeurs de génération en génération et ne tolère pas que l’on place un mot. Quant à Cheskie Weiss, le cofondateur du blogue intégriste OutremontHassid, il soutient que ses coreligionnaires respectent notre culture francophone et il exige que nous en fassions tout autant.
_________________________________________________

 * Millénaire? Allons donc. Montréal célébrait déjà ses 100 ans d’existence 
au moment où le Baal Shem Tov « inventait » le hassidisme en Europe. 
_________________________________________________

Il est touchant d’entendre les messagers messianiques prétendre éprouver du respect pour notre langue et notre culture. Surtout quand la très vaste majorité des membres de leurs communautés intégristes établies ici n’est pas foutue de baragouiner trois mots dans la langue de Molière. Comme d’autres, ils ont fait preuve d’une profonde aversion tant pour la Loi sur la langue officielle de Robert Bourassa que pour la Charte de la langue française de Camille Laurin.

Remarquez qu’il en faudrait bien davantage pour les empêcher de faire comme bon leur semble. À preuve, aujourd’hui, ces yiddishophones atterrissent dans la cour du English Montreal School Board en empruntant tout bonnement la bretelle de contournement pourtant réservée à certains élèves anglophones. Nous aimerions bien qu’on nous explique en quel honneur ce groupe allophone peut se prévaloir de cette passerelle.


René Lévesque est mort! Vive René Lévesque! Le tout discret Hersber Hirsch déguisé pour le Pourim. Est-ce un cas d'appropriation culturelle?

Depuis plus de 40 ans, la défense du fait français et le nationalisme québécois sont constamment associés à du repli sur soi, de l’étroitesse d’esprit, de l’intolérance, du racisme, de la xénophobie, et, bien sûr, de l’antisémitisme grégaire. Par contre, les sectes hassidiques, elles, peuvent revendiquer et promouvoir de façon totalement décomplexée une insularité scellée sous vide. Après tout, il leur faut combattre les risques de contamination par la société environnante comme s’il s’agissait d’une maladie nosocomiale.

Étrangement, leurs revendications sectaires ne leur valent pas d’être taxés de populistes indécents, intolérables, voire fascisants. Pourtant, s’il existe des formes variées de discrimination au Québec (comme absolument partout sur la planète!), elles ne sont en rien comparables au sentiment de supériorité et à l’apartheid ethno religieux promulgué par les dirigeants hassidiques. 

À la différence des martyrs islamistes à qui on fait miroiter 72 vierges paradisiaques, Joey Tanny, un ancien ultraorthodoxe juif, racontait récemment dans le magazine The Walrus qu’il a «grandi en pensant que, lorsque le Messie viendra, il y aurait 72 gentils (des non-juifs, des goys) qui tiendraient chacun de [ses] tzitzit » (les franges qui pendent au bout des châles de prières). On lui a aussi raconté qu’il y avait une obligation de secourir une personne en détresse… seulement si elle était juive! 

Il nous faudrait aussi nous accommoder de la ségrégation des confessions et du tabou infranchissable des mariages mixtes. Ainsi, s’ils avaient un jour la lubie d’épouser un de nos enfants (l’horreur de l’horreur chez les ultras, dixit Lise Ravary), les rejetons des Feig, Hershcovich, Lieberman ou Pollak seraient ostracisés, répudiés, voire carrément mis au ban de leurs communautés.

Si le Québec francophone appliquait un interdit équivalant, les Gilles Vigneault et Yvon Deschamps, deux ardents défenseurs de la souveraineté du Québec et de la langue française, auraient été voués aux gémonies pour avoir osé épouser des «anglaises», des filles de la Conquête! Quelle infamie, n’est-ce pas?

Justement, quelques jours après le référendum sur les nouveaux lieux de culte sur l’avenue Bernard, j’ai été saisi par la naïveté contradictoire de certains propos de l’activiste pro hassidique Sarah Dorner. Dans A letter to my Hasidic neighbours in Outremont qu’elle a publiée sur Internet, la professeure agrégée de Polytechnique nous raconte une anecdote.

Sa fille, qui s’était fait offrir une bague jouet par un petit voisin hassidique, lui a demandé si elle pourrait un jour épouser un garçon ultraorthodoxe. Dorner, légèrement embarrassée, confesse à ses lecteurs : «It’s not a question with a simple answer». Ouain. Je comprends que ce n’est pas simple de lui dire «Oublie ça, ma puce, tu n’es qu’une shiksa, une apikorus** ». Surtout lorsque l’on combat fougueusement le moindre reliquat de préjugés et toutes les formes de discrimination possible et imaginable, cette question toute naturelle d’une enfant oblige sa mère à faire des contorsions dignes du Grand cirque chinois! 
_____________________________________
** Termes yiddish:  shiksa: femme non-juive; apikorus: hérétique
______________________________________________________

Pouvez-vous vous imaginer un seul instant quel serait l’opprobre si la société québécoise décrétait un interdit de convoler avec un noir, une arabe, un hindou? Les ultraprogressistes nous qualifieraient de sales aryens, de suprémacistes haineux, d’avortons du KKK.
+ 


Mais ils n’ont pas besoin de cas aussi grossiers pour donner libre cours à leurs propres préjugés. Ils sont sur la même longueur d’onde que Mike Cohen, le directeur du Bureau québécois de B'nai Brith Canada qui qualifie Outremont d’endroit «où l’intolérance ne dort jamais».

Ces bonnes âmes immaculées n’ont rien à redire non plus lorsque la déjantée Sharon Freedman, membre du conseil d’administration de ce même B’nai Brith, accuse la mairesse et le conseil d’Outremont d’être des «hardcore French [that] refuse any English». Un demi-siècle après la disparition de Lionel Groulx, ils lui font toujours une traque acharnée.

Sur Friends of Hutchison Street, la page Facebook cofondée par Mindy Pollak, la conseillère ultraorthodoxe de Projet Montréal, on y lit toujours des commentaires comme celui de Phyllis Carter, placé le 1er février 2017


 

Sur la page Facebook mise en ligne par des résidents d’Outremont favorables à une interdiction de nouveaux lieux de culte sur l’avenue Bernard, Jodie Duffield, une spécialiste des communications formée dans des universités australiennes et anglaises, ne mâche pas ses mots à l’égard des «chrétiens blancs». Elle vole tête baissée à la défense du multirécidiviste Michael Rosenberg. «Son seul véritable crime, clame-t-elle, est d’être juif. » Ça a le mérite d’être clair.


  
Le très yiddishophile Pierre Anctil  a beau soutenir que l'antisémitisme n’a pas été plus prédominant au Québec qu’ailleurs au Canada, rien n’y fait.

Même si Steven Lapidus, chargé de cours à l'Institut d'études juives canadiennes de l'Université Concordia, affirme que nous ne verrons jamais les enfants hassidiques aller jouer dans la maison de leurs petits voisins non hassidiques, c’est peine perdue.

Qu’importe aussi si sa collègue anthropologue Jessica Roda avoue que la communauté hassidique d’Outremont est encore plus fermée sur elle-même que celle de New York (aller à 14 min 10 sec du reportage de Danny Braün), il semble bel et bien que nous soyons la basse caste condamnée à porter éternellement la tache originelle de l’intolérance. (cliquer ICI pour la suite du reportage de Danny Braün)

Mais en cette époque où Régine Debrosse, chercheuse postdoctorale en psychologie à l'Université Northwestern (Illinois), nous apprend qu’on peut désormais être raciste sans le savoir, faut-il vraiment s’étonner que les termes utilisés pour parler de discrimination se radicalisent? Les minorités visibles s’éclipsent au profit des minorités «racisées», la discrimination devient systémique et le racisme, institutionnel. 

Récemment, Normand Baillargeon dénonçait la nouvelle vague de rectitude politique, la boursouflure des indignations morales des ultraprogressistes qui oeuvrent au musellement des universités. 

Aux États-Unis, ce bâillonnement de la liberté d’expression prend une ampleur particulièrement préoccupante. Par exemple, aux universités Yale (Connecticut), du Missouri et au collège Amherst (Massachusetts), des étudiants luttent respectivement contre les «auteurs blancs décédés» afin de «décoloniser» le programme de littérature anglaise, pour obtenir la démission du président de l’université qui n’aurait pas eu une politique d’inclusion des minorités suffisamment «active» après les émeutes de Ferguson ou pour exiger des «excuses de la direction» pour «l’héritage institutionnel de la suprématie blanche». (lire l'article publié sur le site Pour une école libre au Québec) 

Pour le maintien et le renforcement de leur apartheid, les leaders ultraorthodoxes n’auraient pu espérer trouver meilleurs alliés que ce regroupement d’anglophones très éduquées (lire ma chronique Le clan des Tzadikim) qui, pour certaines d’entre elles, ont fréquenté ce type de campus où elles pouvaient s’initier à l’art martial de la censure et du conformisme bienséant tout en réclamant que les campus soient un «safe place» où elles seraient à l’abri de tout ce qui dérange leurs sensibilités à fleur de peau.

Je comprends aujourd’hui à quoi voulait en venir Mindy Pollak lorsqu’elle a décrété avec Leila Marshy que «the Friends of Hutchison Street is a safe place». Tout comme je saisis mieux de qui le groupe des «Dorner sisters» s’est inspiré pour s’insurger contre le port d’une coiffe amérindienne pour célébrer la rentrée scolaire d’enfants de six ans ou de tel ou tel déguisement d’Halloween qui serait «culturally offensive», voire une appropriation culturelle révoltante.


Sarah  et Jennifer Dorner. Elles étaient en compagnie de la conseillère de Projet Montréal Mindy Pollak lors d’une activité dans une école d’Outremont. Elles portent le T-shirt de leur comité sur la rectitude universelle.

En soi, l’idée de sensibiliser son entourage à la diversité n’est pas du tout détestable. Elle a même ses mérites. Mais puisque ces activistes souhaitent faire un vibrant éloge du multiculturalisme, il est pour le moins incongru que le logo de leur Comité de promotion du pluralisme au sein des écoles d’Outremont (voir photo ci-dessus) arbore le nom de l’arrondissement en yiddish, en arabe et en agnier (mohawk) tout en ignorant totalement les Grecs, les Chinois, les Ukrainiens, les Haïtiens et les Italiens d’Outremont. Ils comptent pour des prunes, peut-être? Shocking!

À moins que l’appellation amérindienne soit un message subliminal. Après tout, Tiohtiake signifie bel et bien «L'endroit où le groupe se sépare»! Un nom franchement prédestiné pour les ténors hassidiques qui ont choisi de venir bivouaquer ici!

Une chose est sûre. Nos puristes ne sont pas prêtes d’atteindre le Nirvana. Contrairement au traitement qu'elles ont réservé aux enseignantes d'une école primaire portant la plume, elles fument le calumet de la paix avec les ultraorthodoxes qui se déguisent en cow-boys lors de la fête de Pourim. Pire, elles font très très attention de ne pas les froisser en évitant même de regarder dans la direction de leurs écoles religieuses illégales. Pas question de faire des chichis simplement pour des enfants qui seront empêchés de s’émanciper comme ont pu le faire nos donneuses de leçons.

Adolescents hassidiques célébrant Pourim affublés de chapeaux de cow-boys sous le regard complice du Satmar Max Lieberman.

C’est sans parler de Jodie Duffield. Non seulement a-t-elle complété un bac en littérature anglaise (souvenez-vous… à Yale, l’étude de Shakespeare est perçue comme une forme de discrimination !), mais, la pauvre, s’est fait surprendre sur Facebook en train de souffler dans un didgeridoo. Heureusement, une copine l’a vertement sermonnée.


«Women can’t play the didge, Jodie, it’s completely disrespectful to Aboriginal people ! See Nicole Kidman.» (visionner la vidéo)



Woups!  La gaffe, toi! On lui souhaite la bienvenue dans le club des pestiférés!